Pour Michel Abescat, John Harbey est l'un des plus grands auteurs de polars britanniques contemporains, de la dimension d’un Robin Cook ou d’un David Peace. John Harvey est poète, scénariste, passionné de jazz, mais c’est le roman noir qui l’a fait connaître.

Détail de la couverture de Le corps et l'âme de John Harvey
Détail de la couverture de Le corps et l'âme de John Harvey © Rivages/noir

Il est connu en particulier pour sa série qui mettait en scène un flic de Nottingham, d’origine polonaise, Charlie Resnick. 

Douze romans qui racontent tout au long des années 1990 et 2000, l’histoire politique, sociale, et criminelle de l’Angleterre post-thatchérienne. Celle du nord en particulier, dont les mines et les industries textiles ont fermé.

Ces romans disent ainsi la casse industrielle, la précarité, le chômage. Et les conséquences sur les gens, les couples, les familles… l’âme même des lieux. Cette série est désormais un classique incontournable du genre.

Mais le roman qui vient de paraître appartient à une autre série dont il est le quatrième et dernier épisode…

Cette série, qui a beaucoup de points communs avec la première, est construite autour d’un autre personnage, Franck Elder, un flic à la retraite qui continue à donner des coups de main à la police.

Comme Resnick, il a travaillé à Nottingham, mais il s’est réfugié au fin fond des Cornouailles après que sa femme l’a quitté.

L’intrigue se noue autour de sa fille, Katherine, fragilisée par un enlèvement dont elle a été victime quand elle avait 16 ans. Elle en a aujourd’hui 23, vit à Londres de divers petits boulots.

Jusqu’au jour où elle accepte de servir de modèle à un peintre de renom que la police va retrouver massacré dans son atelier.

Katherine va ainsi se placer en haut de la liste des suspects : ses relations avec l’artiste étaient assez perverses…

Extrait :

La porte de l’atelier était entrebâillée. Penché à côté du chevalet, Winter mélangeait de la peinture. Le vase et les fleurs avaient disparu, et sur le lit était à présent déployé un grand drap blanc dont les plis retombaient souplement jusqu’à terre. Sans la regarder, Winter indiqua de son pinceau un paravent en toile de jute dressé non loin. « Vous pouvez vous déshabiller là-derrière. » Elle ressortit en peignoir et chaussons de danse, et alla se tenir devant le lit, bras serrés autour de la taille pour fermer les pans du vêtement. « Vous faites quoi ? Un strip-tease ? On n’a pas le temps. » Katherine ferma les yeux un bref instant, se mordit la lèvre, et laissa glisser le peignoir.

Pourquoi le roman s’intitule-t-il « Le corps et l’âme » ?

C’est une référence à un standard du jazz, chanté notamment par Billie Holiday, Body and Soul. Comme la chanson, le roman exprime une mélancolie entêtante, une lamentation où se mêlent l’impuissance, l’amour et le désespoir. Un alliage subtil de nuit et de lumière, de solitude et de tendresse qui touche au cœur…

Le vrai sujet du livre, c’est la relation entre Elder et sa fille…

L’intrigue est complexe, parfaitement menée, servie par des dialogues au millimètre.

Mais, à l’instar de toute la série, c’est l’amour d’Elder pour Katherine qui est au coeur du roman. Sa peur face à cette jeune femme devenue adulte, si fragile, dépressive et peut-être suicidaire. Sa culpabilité de l’avoir laissée quand il s’est réfugié en Cornouailles, écrasé par le départ de sa femme.

Il est prêt à tout pour l’aider mais ne sait pas comment s’y prendre. Il est maladroit, elle le repousse, le trouve envahissant.

Et quand elle va être suspectée de meurtre, il va se jeter corps et âme dans la bataille. Au risque de sa vie.

  • Le corps et l’âme de John Harvey. Traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau, est paru aux éditions Rivages/Noir.