Nous faisons connaissance aujourd'hui avec l’inspecteur principal Chen de la police de Shanghaï. Inspecteur poète....

Qiu Xiaolong
Qiu Xiaolong © Maxppp / Esteban Cobo/EFE/Newscom/MaxPPP

Création de Qiu Xiaolong, écrivain chinois en exil. 

Profil intéressant que ce Qiu Xiaolong. Il est ce qu’on appelait un « chiot noir », c’est-à-dire le fils d’un « ennemi du peuple » (son père était petit commerçant). Dans la Chine de Mao, il ne faisait pas bon être le fils d’un ennemi du peuple. On n’avait pas le droit de faire des études par exemple. Qiu Xiaolong s’est quand même débrouillé pour obtenir une bourse américaine qui lui a permis d’étudier un an aux Etats-Unis. Et là surviennent les évènements de Tian Anmen. Il décide de ne pas rentrer. Il se met à vendre des rouleaux de printemps pour aider les étudiants de Pékin. Sauf que les journalistes américains ont adoré cette histoire, il est passé à la télé, les autorités chinoises ont vu les images, son nom a commencé à circuler. Et là, plus question de rentrer, ça aurait trop dangereux. 

Qiu Xiaolong n’a pu retourner en Chine que dix ans plus tard. C’est le choc. Le pays a radicalement changé. Il a voulu raconter ces bouleversements. C’est comme ça qu’est né l’inspecteur Chen qui en est maintenant à sa 13ème ou 14ème enquête.

On est à Shanghaï. Au moment où commence le roman, l’inspecteur Chen est plus ou moins au placard. Et voilà qu’un de ses protecteurs, le camarade secrétaire Zhao, une huile du Parti, le convoque pour lui confier une enquête non officielle. Visiblement, on s’inquiète en haut-lieu du mécontentement croissant de la population. Le pays est devenu irrespirable. La modernisation à marche forcée a pour conséquence une pollution atmosphérique qui dépasse toutes les normes admises. La propagande officielle assure que l’air est de bonne qualité mais les gens ne sont pas dupes. Personne ne sort sans son masque anti-pollution. Les ventes de purificateurs d’air explosent. Et les gens  suivent sur Weibo, le Twitter chinois, les publications d’une activiste de l’écologie.

Le Parti demande à l’inspecteur Chen d’enquêter sur cette femme qu’il a connue autrefois. Il découvre qu’elle prépare un film qui pourrait s’avérer explosif :

Le documentaire faisait alterner interviews, graphiques et scènes filmées dans tout le pays : habitants pauvres du « village du cancer du poumon », chercheurs se plaignant des difficultés à faire appliquer la loi, représentants locaux insistant sur l’importance du maintien de la croissance économique malgré des taux de particules fines dix fois supérieures aux normes internationales en vigueur. 

Dans un enchaînement habile de scènes, Shanshan interrogeait plusieurs scientifiques sur les dangers et les risques pour la santé des particules fines de plus en plus nombreuses dans l’air. Elle menait une expérience avec un engin permettant de filtrer l’air pollué d’une petite pièce et récoltait un grand bol rempli d’eau noire de suie.

L’inspecteur Chen mène l’enquête et curieusement, il a l’impression qu’on le suit. Qui? Difficile à dire. C’est toute complexité des jeux de pouvoir dans les hautes sphères chinoises. Les rivalités entre dignitaires du Parti, l’ascension des Gros-Sous, autrement dit les nouveaux riches chinois, l’embryon de société civile, c’est la Chine d’aujourd’hui qui est montrée de façon très vivante, très efficace.

Et pendant ce temps, un tueur en série commence à semer la panique. Il signe ses meurtres toujours de la même façon. Il dépose à côté du corps de ses victimes un masque anti-pollution. De là à croire qu’il y a un lien avec les problèmes environnementaux, il n’y a qu’un pas que l’inspecteur Chen, va franchir, aidé par son fidèle adjoint Yu et l’épouse cordon bleu de ce dernier.

D’ailleurs, un conseil : ne pas lire une enquête de l’inspecteur Chen quand on a faim. C’est plein de bouillons odorants, de gâteaux de sésame, de plats surprenants.

Aujourd’hui, je veux surtout régaler mon illustre ami Monsieur Chen. Vous n’imaginez pas l’honneur qu’il vous fait en venant dîner chez vous. Surpassez-vous ce soir, Chang.

Ne vous inquiétez pas. Je vous servirai tous vos plats préférés. Tortue sauvage vapeur au jambon de Jinhua et sucre candi, carpe frite aux oignons verts, légumes de saison au bouillon de poulet fermier et nous avons aussi du riz japonais de qualité supérieure que je réserve habituellement aux membres de ma famille, ajouta Chang avec un certain embarras.

Qiu Xialong dit toujours que si on mange autant dans ses romans, c’est parce qu’il vit aux Etats-Unis et que la vraie cuisine chinoise lui manque.

Références

► Chine, retiens ton souffle, une enquête de l’inspecteur Chen, par Qiu Xiaolong, aux éditions Liana Levi, traduit de l’anglais par Adélaïde Pralon.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.