Après "Seules les bêtes", adapté au cinéma par Dominik Moll, Colin Niel propose un nouveau roman, "Entre fauves", dont le thème est la chasse, sujet d’actualité, éminemment polémique. Une histoire également très originale par son aspect choral.

Le livre rebondit en effet sur les bagarres entre pro et anti chasse ou pro et anti loups, les débats sur la protection de la biodiversité, les réflexions sur la place du sauvage dans un monde qui s’est peu à peu vidé d’innombrables espèces animales.

Tout commence sur les réseaux sociaux, en particulier un site qui publie des photos de chasseurs posant devant leur trophée, un lion, une girafe ou un éléphant, et en révélant leur identité pour les livrer à la vindicte publique. 

Martin, garde au parc national des Pyrénées, militant anti-chasse, défenseur des ours, tombe ainsi sur la photo d’une jeune femme, armée d’un arc high-tech, debout devant la dépouille d’un lion quelque part en Afrique.

Ni une ni deux, il va tout faire pour l’identifier, découvrir qu’elle s’appelle Apolline, qu’elle habite Pau, comme lui. Pour la punir, et lui faire la peur de sa vie, il va alors la prendre en chasse…

Un thriller choral

Et c’est parti pour un thriller de 350 pages, une double histoire racontée de quatre points de vue, Entre fauves est effectivement un roman choral, remarquablement composé, et diablement efficace. Le récit alterne entre deux lieux, la vallée d’Aspe dans les Pyrénées et le nord-ouest de la Namibie.

L’intrigue court ainsi sur deux fils narratifs : que s’est-il exactement passé en Afrique où Apolline est venue, avec son père, chasser le lion ? Et que va-t-il advenir, quelques semaines plus tard, dans la montagne pyrénéenne où Martin s’est lancé sur ses traces ? Difficile de lâcher le roman avant d’avoir la réponse à ces questions !

La richesse de l’intrigue vient également du fait qu’elle est racontée de quatre points de vue. Ceux de Martin et d’Apolline, mais aussi aussi celui de Kondjima, un jeune éleveur himba, dont le troupeau de chèvres a été décimé par le lion que chasse Apolline et qui met un point d’honneur à être le premier à le retrouver pour le tuer. La quatrième voix, figurez-vous, est celle du lion, empreinte d’une forme de poésie épique très réussie.

Colin Niel sait créer la tension, faire vibrer les scènes d’action, comme dans ce moment crucial où Apolline, chaperonnée par son père et toute l’équipe de professionnels qui les accompagne, s’est approchée très près du fauve qu’elle traque…

Extrait :

"On est déjà passé par ici." Je regarde papa. Et sur son visage, je lis quelque chose que jamais je n’ai décelé depuis que l’on chasse ensemble. De la peur. Oui, mon père commence à avoir peur. J’observe encore le sol, et alors je réalise que d’autres empreintes nous entourent, croisant les premières et pourtant tout aussi fraîches, les trajectoires entremêlées. Le lion ne cherche pas à fuir : à mesure que vient la nuit, il sillonne le bush en revenant sur ses pas, décrit des cercles qui se croisent, des huit imaginaires. Comme pour nous perdre. Je sens ma paume devenir toute moite autour de la poignée de l’arc.

Un frisson me traverse, des pieds à la tête. Une sensation dont on m’a déjà parlé, mais que jamais je n’ai éprouvée. L’impression que les rôles s’inversent. Que de chasseuse, je suis devenue proie. 

Un livre pro ou anti chasse ?

On ne peut pas le résumer ainsi. Colin Niel s’emploie à montrer la complexité de ces questions, notamment en donnant à entendre le point de vue des éleveurs africains dont les troupeaux sont décimés par les fauves qui s’approchent de leurs troupeaux, faute de trouver du gibier de plus en plus rare à cause de la sécheresse.

Tous les personnages sont amenés à changer de rôle. De prédateur, le lion devient proie. De chasseuse, Apolline se retrouve traquée par Martin l’anti-chasse qui se mue lui-même en chasseur.

C’est cette complexité qui fait le sel de ce livre qui, au bout du compte, est une belle réflexion sur la part sauvage de l’homme, entre instinct de survie et instinct de chasse.

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