"Effacer les hommes", c’est le titre du nouveau roman de Jean-Christophe Tixier. Il se passe dans l’Aveyron, dans un petit village au bord d’un lac artificiel, en août 1965. Ce roman raconte l’histoire tragique de femmes en quête de liberté.

"Effacer les hommes" de Jean-Christophe Tixier se situe au bord d'un lac artificiel de l'Aveyron en 1965
"Effacer les hommes" de Jean-Christophe Tixier se situe au bord d'un lac artificiel de l'Aveyron en 1965 © Getty / Francois LE DIASCORN/Gamma-Rapho

Août 1965, c’est juste un mois après le vote de la loi qui autorise enfin les femmes mariées à ouvrir un compte bancaire ou à signer un contrat de travail sans l’aval de leurs époux.

Voici donc une date importante dans l’émancipation juridique des femmes. Nous sommes au cœur des années 60, trois ans avant mai 1968. La légitimité du vieux monde patriarcal commence sa lente désagrégation.

Mais le roman se passe dans un petit village retiré où la tradition est encore forte, où l’on ne s’exprime guère, où l’on accepte la soumission : les hommes à leur terre qui les enchaîne et les femmes à leurs pères puis à leurs maris. Un monde où personne ne choisit réellement son destin.

C’est sur ce conflit que se construit le roman

Exactement. Effacer les hommes raconte le choc entre tradition, pulsion archaïque, et modernité. Une modernité portée par la culture populaire, la musique rock, le cinéma, la BD qui vont arriver jusqu’au petit village du livre où une jeune fille va se passionner pour la figure de Barbarella, héroïne d’une BD de SF créée en 1962 par Jean-Claude Forest. Et bientôt adaptée au cinéma par Roger Vadim avec Jane Fonda dans le rôle-titre.

Barbarella, femme du futur, libre et indépendante, va devenir un modèle pour l’héroïne du livre…

Quelle est précisément l’intrigue du roman ?

Elle se noue autour d’une auberge, au dessus d’un lac artificiel dont le barrage est en cours de vidange. Les touristes ont déserté, ne restent que quelques personnes.

Victoire, qui va mourir. Elle est venue là à l’été 36 et, pour ne pas retourner à l’usine, y est restée en épousant un viticulteur, un veuf beaucoup plus âgé qu’elle, qui lui a acheté l’auberge, instrument de son émancipation.

Eve, sa nièce, qui n’est pas encore majeure et rêve de s’enfuir, de prendre son destin en main. Comme l’a fait sa tante. Comme le symbolise Barbarella dont elle lit et relit les d’aventures.

Et face à elles, Marie, la belle-fille de Victoire, héritière de l’auberge, une femme aigrie, enfermée dans le passé, cadenassée dans les traditions.

Le roman, qu’on lit d’une traite, est rythmé par les cotes du barrage. Au fur et à mesure que le lac se vide, approche le moment où se révèleront le vieux village et ses secrets engloutis.

À l’auberge, l’atmosphère est de plus en plus irrespirable, le passé étouffant le présent. Tandis que résonne dans les couloirs la musique des Rolling Stones dont Eve s’est entichée. Enregistrée trois mois auparavant, symbole des frustrations de la jeunesse et de ses revendications de liberté, I Can’t Get No Satisfaction est diffusée en boucle à la radio…

Au total, c’est un huis clos étouffant que met en scène ce roman…

Effectivement. Huis clos de ce village replié sur lui-même où tout le monde s’observe, où jalousies et rancoeurs faisandées se transmettent d’une génération à l’autre. Huis clos familial où les choses ne sont jamais dites, les affaires jamais soldées. Et huis clos de cette auberge dominée par les femmes qui payent très cher le prix de leur liberté.

Avec une singulière finesse psychologique, et un sens millimétré du récit, Jean-Christophe Tixier a écrit un roman tendu à l’extrême, tout de violence rentrée. Une quête tragique de liberté, où la lumière réussit pourtant à percer. À la fin, c’est Barbarella qui l’emporte.

  • Effacer les hommes, de Jean-Christophe Tixier, est paru aux éditions Albin Michel
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