"Le plongeur" de Minos Efstathiadis est un rioman de 200 pages seulement à l’intrigue est extrêmement complexe !

Une fois n’est pas coutume, Le plongeur est un polar grec que vous Le premier roman traduit en français de Minos Efstathiadis, qui est également dramaturge et scénariste.

Les auteurs grecs de polars sont en effet assez rares. Nous connaissons bien Petros Markaris et son commissaire Charitos. En 1970, Antonis Samarakis avait obtenu le grand prix de littérature policière pour La faille. Mais c’est à peu près tout.

Le plongeur commence comme un roman de Chandler dans la grande tradition du détective privé caustique et désabusé. Chris Papas, de père grec et de mère allemande, exerce à Hambourg et reçoit la visite d’un très vieil homme qui lui demande de surveiller une femme employée dans un cabinet d’avocats…

Il pense évidemment à une histoire banale de mari trompé ou d’amant jaloux…

Et il se trompe car si le roman ne fait que 200 pages, l’intrigue est extrêmement complexe. 

La filature va le conduire dans un hôtel minable où la dame reçoit la visite d’un homme, bientôt rejoint par un second.

Installé dans la chambre voisine, le détective ne va rien entendre car une musique tonitruante ne va pas tarder à couvrir tous les bruits. Celle d’un groupe de métal allemand, Rammstein, que le trio passe en boucle…

Du riechst so gut, Tu sens si bon… C’est l’histoire assez grossière d’un prédateur attiré par le parfum de ses victimes…

Le détective comprend qu’on s’est moqué de lui. Et le lendemain, les flics viennent frapper à sa porte. On a retrouvé son vieux client pendu dans la chambre qu’il surveillait.

Voilà le point de départ. L’enquête va vite se déplacer dans le Péloponnèse, là où il est né et là où il va découvrir que sa famille est mêlée à l’affaire qui l’occupe.

Une affaire extrêmement complexe en forme de tragédie antique, qui renvoie explicitement à l’Agamemnon d’Eschyle.

Mais aussi à l’occupation allemande. En 1943, le corps d’une femme est remonté par un pêcheur, qui a vu deux hommes le jeter à l’eau, sur la plage du petit village du Péloponnèse…

Extrait :

Un corps humain. Incapable de faire ou de penser quoi que ce soit, il le tire sur le sable. La jeune femme qui le regarde de ses yeux morts grands ouverts lui coupe le souffle. Ils l’ont enveloppée dans une couverture brune. Est-ce la simple curiosité ou une ombre de concupiscence qui le pousse à écarter cette ultime protection ? Il recule instinctivement de quelques pas. À gauche, sous le sein de marbre, il y a une curieuse marque sombre. Il s’approche pour mieux voir. Une plaie qui n’a pas eu le temps de cicatriser. Il n’a jamais rien vu de tel et à présent quelque chose l’attire toujours plus près. Incapable de résister, il tend la main pour toucher. Un vide inexplicable, un trou. Comment un corps humain a-t-il pu s’ouvrir ainsi ?

Les crimes nazis sont ainsi au cœur de cette histoire… 

Oui, et plus généralement les rapports entre la Grèce et l’Allemagne. Pendant l’occupation mais aussi aujourd’hui, alors que la Grèce souffre de l’austérité imposée par l’Europe et Berlin en particulier.

C’est très intéressant. Mais ce livre séduit d’abord par sa musique. Le regard du détective narrateur, intellectuel désabusé à l’humour caustique, donne au texte une tonalité mélancolique et poétique. Contre toute attente ce livre exprime, malgré sa désespérance, une belle humanité. L’auteur a une voix qui lui est propre. On est curieux de la suite.

  • Le plongeur de Minos Efstathiadis, traduit du grec par Lucile Arnoux-Farnoux, paru aux éditions Actes sud.
Les références
  • Le plongeur(Editions Actes Sud / Collection Actes Noirs)
L'équipe
Thèmes associés