James Ellroy publie son douzième roman, "La Tempête qui vient", deuxième volet de son nouveau quatuor de Los Angeles, commencé avec "Perfidia" publié il y a quatre ans. 698 pages grand format.

"La Tempête qui vient" de James Ellroy
"La Tempête qui vient" de James Ellroy © Getty / Yaorusheng

La lecture d’Ellroy est une épreuve d’endurance ! Le texte est dense, les intrigues se mêlent, se chevauchent, les personnages sont innombrables - un index en fin de livre en recense 90 ! Les chapitres sont courts, le point de vue change sans cesse, l’action galope. On se perd, on s’accroche, mais le style est sec, parfois à la limite du story-board, abrasant le romanesque. 

Une fois de plus pourtant on se laisse emporter par le souffle et l’ambition de l’auteur, cette volonté dévorante de tout montrer, de tout dévoiler, d’être partout à la fois, jusqu’à la saturation du regard.

L'histoire...

Ellroy, on le sait, ambitionne d’écrire une sorte de contre-histoire des Etats-Unis au XX° siècle. Le premier "_Quatuor de Los Angeles_" couvrait les années 1946 à 1958. La trilogie_Underworld USA_parcourait les années 1958 à 1972. 

Et cette nouvelle série intervient avant. Perfidia, le premier volume, se passait entre le 6 et le 29 décembre 1941, au moment de l’attaque japonaise sur la base navale américaine de Pearl Harbor. Et ce second volume prend place juste après, entre le 30 décembre 41 et le 8 mai 42.

Impossible de résumer un livre si foisonnant qui peint la Californie en temps de guerre, prise dans l’hystérie raciste anti-japonaise. Le roman charrie des dizaines d’histoires et de destins : des personnes qui ont réellement existé, des flics mythiques de la police de Los Angeles, des stars du cinéma - Orson Welles par exemple en sort bien amoché -, et des personnages fictifs, dont certains hantent l’ensemble des romans comme le fameux Dudley Smith, policier corrompu et fascinante figure du Mal.

L’enquête sur la mort d'homme, dont le cadavre est découvert sur la colline de Griffith Park, près d’un parcours de golf, à la faveur d’un glissement de terrain dû aux pluies torrentielles qui s’abattent sur la ville, est l'un des fils narratifs du roman et le ton donne une idée de la langue d’Ellroy :

L’herbe trempée en haut du green. La coulée de boue et la terre meuble. Un grand trou dans le sol. La boue qui en surgit descend la pente vers ce terrain plat. La coulée a délogé une caisse qui a dévalé vers eux. Elle est en pin, longue d’un mètre quatre-vingts, large de soixante centimètres. Elle est noire par endroits, là où le bois est calciné. Ce sont des traces de combustion, sans aucun doute. Des traces espacées, tachées de boue et de débris végétaux. Le couvercle est gauchi et usé par le frottement sur le sol. La glissade dans la boue l’a arraché net. C’est un cercueil de fabrication artisanale. Il y a une matière verte et gluante collée à l’intérieur. Et les restes d’un squelette. Ashida désigne la matière verte. "C’est de la chaux vive. Cela accélère la décomposition."

D’une certaine manière, Ellroy ne cesse d’écrire le même roman, toujours recommencé

Des histoires de flics possédés et véreux, de politiciens corrompus, d’affairistes mafieux, des histoires de sexe, de fric et de pouvoir. Tout droit sorties des rapports de police, de la presse à scandales, des tabloïds, des magazines de ragots hollywoodiens dont il se gavait quand il était adolescent, profondément perturbé par l’assassinat de sa mère, jamais élucidé. C’était en 1958, il avait dix ans. C’est le cœur brûlant de son oeuvre. Et l’origine de sa vision de l’Histoire dont le moteur, pour lui, est le crime et le fait divers. Il est frappant de constater qu’il a mis en exergue de ce nouveau roman une citation de Mussolini : « Seul le sang fait tourner les roues de l’Histoire ». En ce sens, son oeuvre, profondément cohérente, est passionnante.

Les références
L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.