"La cité des chacals", se passe en Egypte, au Caire. C’est le cinquième volume d’une série passionnante de Parker Bilal. Parker Bilal est le pseudo de l'auteur Jamal Mahjoub. C’est seulement en 2012 qu’il choisit de signer Parker Bilal le premier épisode d’une série de polars qu’il a alors décidé d’entreprendre.

La cité des chacals, un polar qui a pour toile de fond, Le Caire
La cité des chacals, un polar qui a pour toile de fond, Le Caire © Getty / James Strachan

Et quelle série ! Il s’agit de raconter la trajectoire de l’Egypte entre 1998, quelques mois après l’attentat terroriste islamiste à Louxor et 2011, année de la révolution et des printemps arabes qui débouchera sur la chute du président Hosni Moubarak. Une période tumultueuse durant laquelle l’Egypte est prise en tenailles entre fondamentalisme religieux et voracité d’un régime totalement corrompu.

Le contexte historique et politique constitue ainsi une toile de fond passionnante, mais attention, il s’agit bien d’une série de romans policiers dont les intrigues et les personnages constituent l’essentiel. Et la première réussite de Parker Bilal est sans doute son héros, Makana, au centre de chacun des épisodes.

Makana est Soudanais. Ancien inspecteur de la police de Khartoum, il a été contraint de quitter son pays en catastrophe, en 1989, après le coup d’Etat du général Omar el-Béchir.

Installé au Caire, devenu détective privé, Makana vivote sur une péniche délabrée, au bord du Nil. C’est un homme blessé, solitaire, d’une sensibilité à fleur de peau, écrasé par la disparition de sa femme et de sa fille au moment de leur fuite hors du Soudan. Difficile de ne pas s’attacher à lui.

La série doit beaucoup à son regard volontiers ironique d’outsider. Il observe, en perpétuel porte-à-faux, les mutations de la société égyptienne, à travers la fumée âcre des cigarettes Cleopatra sur lesquelles il ne cesse de tirer.

Parker Bilal a mis pas mal de sa propre histoire dans son personnage

Anglo-soudanais, né à Londres, il a grandi à Khartoum avant de partir étudier en Angleterre. En 1989, sa famille a été contrainte de s’exiler au Caire, où il a lui-même vécu. On sent son attachement à cette ville dont il connaît la géographie intime.

Le premier volume de la série, "Les écailles d’or", est sorti en français en 2015. Voici donc aujourd’hui le cinquième épisode, "La cité des chacals". Que raconte-t-il ?

Une histoire plutôt complexe, puisque ce nouvel épisode est construit sur une double intrigue parfaitement tissée. Du point de vue de la trame narrative, c’est sans doute un des meilleurs de la série. Et il est très difficile de le lâcher.

Au commencement, Makana est chargé par le propriétaire d’un restaurant plutôt aisé de retrouver son fils, Mourad, dont il n’a plus de nouvelles depuis plusieurs semaines.

Parallèlement à cette enquête, Makana va s’intéresser à une autre disparition. Près de sa péniche, un pêcheur a remonté dans ses filets un paquet contenant une tête coupée appartenant à un très jeune homme. Et très vite, des scarifications sur son front vont permettre d’établir qu’il appartient à une ethnie du sud Soudan. Lui-même d’origine soudanaise, Makana va en faire une affaire personnelle.

D’autant plus que l’action se passe en décembre 2005. Moubarak vient d’être réélu président. Et Le Caire est secoué par les manifestations des réfugiés Soudanais qui réclament le statut de demandeurs d’asile. Les émeutes se termineront dans le sang, le 30 décembre.

L’intrigue romanesque rejoint ainsi l’Histoire, les deux enquêtes vont évidemment bientôt ne faire qu’une. Parker Bilal excelle à fondre tous ces tableaux sans que le romanesque ne soit écrasé par le propos, éminemment politique. La cité des chacals, classique dans sa forme policière, est une singulière réussite. Une fois de plus l’atmosphère de la ville, ses rues bondées, ses embouteillages tonitruants, ses cafés, ses couleurs, ses odeurs donnent le ton de ce livre au charme poétique et mélancolique. Et Makana fait partie de ces héros dont on a envie de prendre régulièrement des nouvelles. On attend déjà le sixième épisode.

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