La Meute est en quelque sorte la troisième saison d’une série consacrée aux élites et au pouvoir en France. Après "Les initiés" qui pénétrait les arcanes de Bercy et scrutait le pouvoir de la finance et "En pays conquis" qui s’intéressait aux conseillers des dirigeants politiques et dévoilait le pouvoir de l’ombre.

"La meute" un livre sur la politique
"La meute" un livre sur la politique © Getty / Hero Images

"La Meute" se penche sur les spécialistes en communication, de plus en plus au cœur du pouvoir

Bien sûr il s’agit d’un roman. Très bien documenté, très proche du réel, mais nous sommes dans le jeu de la fiction. Thomas Bronnec prend d’ailleurs bien soin de marquer la distance : le roman se passe entre janvier et mars 2020, les Français ont choisi par référendum de quitter l’Union européenne, la présidente de la République, issue de la droite, se débat dans les négociations avec l’UE. 

Et chacun se prépare à de nouvelles élections.

En particulier, deux candidats de gauche. François Gabory, l’ancien président socialiste qui rêve de revenir au pouvoir. Et Claire Bontems, une jeune femme novice en politique, d’une gauche nettement plus radicale, qui souhaite bousculer le vieux monde où règnent les mâles dominants.

Cette question de la domination masculine dans le monde politique est d’ailleurs un des sujets principaux du roman…

Oui, Claire Bontems enrage que les journaux s’intéressent à ce point à son physique, à sa coiffure, aux vêtements qu’elle porte. Elle s’indigne qu’un hebdomadaire, qui a mis sa photo en une, ait osé titrer : « Et si la politique devenait sexy ? » Le roman se situe clairement dans l’après du mouvement #MeToo. Il met en lumière le harcèlement sexuel dans le monde politique. Et le comportement prédateur de certains hommes de pouvoir que l’on appelait jadis pudiquement des  « hommes à femmes ».

L’intrigue du roman se noue quand fleurissent sur le net des accusations violentes visant l’ancien président à nouveau candidat. Sous le hashtag #LePrésidentPervers, Gabory est présenté en accro des sites pornos et obsédé sexuel. Photos, vidéos truquées, insultes pleuvent sur le candidat dont la cote ne tarde pas à s’effondrer. Il lui faut alors réagir, mobiliser sa femme, ses ex, mettre sur la table toute sa vie privée. C’est alors que les communicants entrent dans la danse. En particulier sa sœur qui travaille pour son adversaire, Claire Bontems.

Ce que montre alors le roman, c'est la place grandissante prise par la comm' dans la bataille politique…

C’est son sujet principal. Et le moteur du suspense que Thomas Bronnec met en route. On sait bien la place éminente prise aujourd’hui par les communicants dans les cabinets ministériels, auprès des hommes politiques de la majorité ou de l’opposition. Le storytelling, l’invention de l’actualité pour tenter de maîtriser l’agenda politique, sont aujourd’hui au moins aussi importants que le discours de fond.

Toute l’intrigue tient sur ce fil, une bataille d’une incroyable violence entre un vieux politicien et une jeune ambitieuse, entre deux visions de la gauche, entre un homme et une femme, entre un frère et une sœur que tout a séparés. Tous les coups sont permis, notamment les fake news, l’instrumentalisation des réseaux sociaux avec l’aide de boîtes spécialisées dans l’exploitation des données privées des internautes. Il s’agit de faire réagir, de créer le buzz, de lâcher la meute aux trousses de l’adversaire.

Thomas Bronnec nous fait une fois de plus pénétrer dans les arcanes du pouvoir…

C’est tout le plaisir, encore une fois, de ce nouveau roman qui fait penser à des séries comme House of Cards ou Baron noir où l’histoire intime des personnages se mêle à leur vie publique, où le lecteur/spectateur est invité à pénétrer les coulisses de la politique. Sur le plan littéraire, on pense à Dominique Manotti, auteure du fameux Nos fantastiques années fric, à Marc Dugain ou à DOA. Thomas Bronnec a le sens du rythme, le récit avance vite, les dialogues sont vifs, le style est fluide et efficace. Ce que montre La Meute est certainement flippant, mais c’est un bonheur de lecture.

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