Ce roman a été écrit en 2016 par une jeune femme dont c’est le premier polar, Asa Ericsdotter, et il n’a rien à voir avec ce que nous vivons aujourd’hui. Ou alors d’une autre façon car il s’agit d’un thriller politique qui met en scène un pays, la Suède, aux prises avec un pouvoir devenu totalitaire.

L’épidémie en question est celle de l’obésité, dénoncée, poursuivie, traquée, par un jeune et fringant premier ministre, leader d’un parti qui a fait un carton aux élections, le Parti de la santé.

« Nous voulons une Suède forte et saine » proclame ce parti sous les applaudissements d’une large majorité de la population. Journaux, radios, télévisions matraquent leurs slogans pro-minceur à longueur de journée, vantent les mérites des régimes, des médicaments, des chirurgies de réduction de l’estomac y compris pour les enfants.

Les églises sont peu à peu transformées en centres de remise en forme, les coaches remplaçant les prêtres.

« Les gros sont des paresseux qui bouffent le budget de l’Etat avec leurs maladies de gros ». Et tous les moyens sont bons pour les faire payer : taxes sur le sucre, impôts sur le revenu calculés en fonction du poids etc.

Sans compter les visites obligatoires aux centres de soins dont les conséquences peuvent être ravageuses, comme Landon Thomson-Jaeger, un jeune universitaire, va en faire l’amère expérience…

Extrait :

Lors de son dernier contrôle de santé, il avait frôlé l’avertissement écrit. « IMGM 41 ! » s’était écriée l’infirmière en secouant la tête de façon alarmante. L’institut pour la nutrition était arrivé à la conclusion que la vieille mesure pour évaluer le poids corporel, l’IMC, donnait des résultats trop généreux. Les gens de grande taille pouvaient s’en tirer. C’était exactement les mots qu’ils avaient prononcés. Comme s’il était question d’un crime. L’indice de masse grasse et musculaire était devenu la meilleure arme du Parti de la santé. C’était l’IMGM qui déterminait l’aptitude des gens à leur profession. Un IMGM supérieur à 42 leur interdisait d’exercer un métier dans le secteur public. La première fois qu’il avait entendu la proposition du gouvernement, Landon n’en avait pas cru ses oreilles. Aujourd’hui, il était moins naïf quant au Parti de la santé et il avait compris qu’ils étaient prêts à aller très loin. Dans le département, un des maîtres de conférences avait dû quitter son poste, de même que les deux nouveaux thésards.

Si la plupart des gens acceptent ce genre de décisions sans broncher, Landon pressent assez vite ce qui est en train de se jouer…

Il n’est pas particulièrement courageux, c’est un anti-héros, mais il est marqué par la déchéance de sa compagne, Rita, qui a pris très au sérieux les recommandations du gouvernement. Elle s’est bourré de médicaments, a enchaîné les régimes jusqu’à devenir l’ombre d’elle-même.

Mais l’intrigue du roman prend sa source dans sa rencontre avec une autre jeune femme, Helena, qui s’est enfuie à la campagne pour protéger sa fille que l’école avait mise dans une « classe spéciale » à cause de ses rondeurs.

À six mois des élections, le premier ministre doit donner des preuves de la réussite de sa politique. Il doit passer à la vitesse supérieure. Et bientôt Helena disparaît…

Thriller politique, "L’Epidémie" tient-il ses promesses jusqu’au bout ?

Presque ! C’est incontestablement un thriller, parfaitement tendu, d’une grande puissance émotionnelle. Asa Ericsdotter déroule jusqu’au bout le fil de son histoire dont la violence, et bientôt l’horreur, sont glaçantes. Je ne suis pas sûr qu’il fallait aller jusque là, la crédibilité de l’ensemble en est, à mon sens, affaiblie.

Mais ce roman qui met en scène le processus de délitement de la démocratie, le basculement vers une société de surveillance et de contrôle de masse, l’acquiescement de la population aux restrictions progressives des libertés publiques au nom de la sécurité sanitaire, la montée du rejet et de la haine de l’autre comme de la fascination pour un chef, soulève de passionnantes questions. L’épidémie, on le voit, est un roman tout à fait d’actualité.

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