Trois courts romans de Marc Villard réunis pour la première fois en un seul volume : "Rebelles de la nuit", "La porte de derrière" et "Quand la ville mord" ont été écrits entre 1987 et 2006. Ils mettent en scène Jacques Tramson, un éducateur de rue.

Jacques Tramson s’échine à rattraper par la culotte des gosses à la dérive, entre trafics de drogue et prostitution, dans le quartier de Barbès, au nord de Paris. Pour la plupart des Maghrébins et des Africains. L’ensemble constitue ainsi un portrait intime de ce quartier, dense, brûlant, formidablement vivant, une géographie minutieuse des rues, des bars, des commerces, des squats, des lieux de trafic.
Marc Villard connaît bien le quartier, il y a vécu, son regard est au laser entre distance sans concession et compassion pour ses personnages.
 

La plupart des personnages sont des gens dans la débine, des laissés pour compte, les perdants d’une société sans pitié pour les faibles

Le regard de Villard est plutôt pessimiste, il dit un monde où l’on échappe rarement à son destin. Ce qui ne l’empêche pas de montrer une grande tendresse pour ses personnages. Fred, par exemple, un tapin de 17 ans, exploité par son frère. Farida, dealeuse de crack, qui a tué l’homme qu’elle aimait. Ou encore Sara, une jeune Congolaise à peine majeure qui arrive à Paris clandestinement, rêve de faire les Beaux-Arts et se retrouve vite sur le trottoir.
Voici comment Marc Villard décrit son arrivée à Roissy, en compagnie d’une autre fille, toutes deux immédiatement prises en charge par Omar, leur contact à Paris de la chaîne d’immigration clandestine…
 

C’est lui qui mène la danse. Elle est sans illusions, Sara, mais elle le voulait cet exil à Paris. Pour elle, pour sa peinture, pour approcher le lieu où ça déchire à mort. Elle se doute confusément que ce dragueur de basse-cour ne va pas lui demander d’assurer au point de croix. Elle s’en fout : maintenant elle est à cinquante bornes de Paris. Le centre du monde, pas moins.
A dix mètres, trois flics post-adolescents embarquent un Arabe sous les yeux de sa femme.
 - Ne restons pas là, intime Omar
Ils gagnent donc tous les quatre une Opel Vectra bleue qui stationne au fin fond d’un parking souterrain ; les deux filles s’assoient derrière en silence.
Après cinq kilomètres bercés par Radio Nostalgie qui propose un spécial Joe Dassin, Sara ouvre la bouche.
 - Où on va ?
 - A Barbès.
C’est comme ça que le 15 septembre aux alentours de minuit Sara entre dans la capitale. « Barbès », prononce-t-elle pour elle-même. Génial. 

Marc Villard a commencé à écrire à l’âge de 19 ans et pendant dix ans il s’est consacré à la poésie. Son écriture garde la trace de cette recherche de l’épure. Sa phrase est sèche, le trait vif, les images puissantes. Le récit ne s’installe pas, le rythme est rapide. En deux phrases il campe une situation ou brosse le portrait d’un personnage. C’est pour cela que Villard excelle dans le texte court.

Sur la forme également, Marc Villard est très influencé par le roman noir américain, des auteurs comme David Goodis, Jim Thompson ou Horace McCoy, l’auteur de On achève bien les chevaux. Comme eux, Marc Villard a choisi une écriture comportementale, il ne fait pas de psychologie. Ses personnages se révèlent par leurs actes et les paroles qu’ils prononcent. Sa passion du cinéma américain l’a sans doute poussé également dans ce sens.

Les trois romans réunis dans "Barbès Trilogie" sont évidemment sombres

Ce qui n’empêche pas de nombreux traits d’humour. Le regard de Marc Villard est dévastateur, jamais cynique, profondément humain. Ceux qui ne le connaissent pas encore devraient se précipiter sur ce livre, c’est une excellente porte d’entrée dans son oeuvre.
 

  • Barbès Trilogie de Marc Villard, publié aux éditions Gallimard, dans la collection « Série noire ».    
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