Changement de ton : "Ceci n’est pas une chanson d’amour" est une comédie ! Un roman italien, d’Alessandro Robecchi, pour la première fois traduit en français.

"Ceci n’est pas une chanson d’amour", d’Alessandro Robecchi
"Ceci n’est pas une chanson d’amour", d’Alessandro Robecchi © Getty / Guy Richard

Une comédie en effet, mais très noire dont j’ai beaucoup aimé la causticité. C’est drôle, à la limite de la farce parfois. C’est méchant, vinaigré à souhait. L’auteur, dont c’est le premier roman, a le sens du trait et du portrait, le sens de l’image et de la métaphore aussi. Journaliste à l’origine, il a longtemps travaillé dans un hebdo satirique

Son texte est vif, la langue pétillante, Robecchi a le goût du mot et de la formule, il joue avec bonheur des oxymores, des hyperboles, des expressions paradoxales, presque trop parfois !

Bref, ce mariage d’extrême noirceur et de comédie est un régal.

L’esprit de ce roman tient à son personnage principal, une vedette de la télévision façon Berlusconi

Il s’appelle Carlo Monterossi, il habite Milan et travaille à l’écriture d’une émission de télé-réalité bien crade, exhibant des gens qui viennent en plateau étaler leurs déboires amoureux, en général des histoires pitoyables aux détails sordides. L’émission est intitulée « Crazy Love » et Carlo, écoeuré par ce qu’il fait, souhaite arrêter sa collaboration. Mais l’audience de l’émission est considérable…

Ce personnage complexe, finalement romantique et touchant, est le narrateur du roman. Tout passe par son regard, aussi aigu que désabusé. Un brin mélancolique aussi.

Il est fan de Bob Dylan - un point pour lui - et le roman est plein de citations du chanteur, comme celle-ci, qui résonne si bien avec le personnage de Carlo : « Je sais manipuler les gens comme tout le monde/les forcer et les brûler/les embobiner et les détourner »

Ceci n’est pas une chanson d’amour est aussi un roman noir. Quelle est l’intrigue ?

Impossible à résumer ! Révélons simplement que Carlo va être victime d’une tentative d’assassinat et qu’il va vite comprendre qu’il n’est pas le seul visé.

Pourquoi lui en veut-on ? Pour le savoir, il va se lancer dans une enquête aux multiples rebondissements en compagnie d’une jeune femme, Nadia, déesse de l’informatique, une sorte de Lisbeth Salander en moins glacée.

Et bientôt ce sont trois couples qui se retrouvent sur la même piste, sans le savoir, Carlo et Nadia, deux tueurs à gages et deux jeunes gitans dont le campement a été brûlé par des fous furieux néo-nazis.

Le roman est ainsi organisé autour d’une triple course-poursuite au rythme hyper soutenu.

Mais le roman n’est pas qu’un divertissement…

Non, loin de là. Ceci n’est pas une chanson d’amour est un portrait au vitriol de la télé-poubelle, mais surtout une évocation féroce de la société milanaise. L’auteur connaît la ville comme sa poche, en dresse une géographie minutieuse, des quartiers les plus bourgeois jusqu'aux périphéries. Le roman révèle les liaisons délétères entre affairisme, banditisme et extrême-droite. La vision de l’auteur, comme celle de son personnage, est très sombre, même s’il fait preuve d’une grande tendresse pour sa ville et les perdants des jeux de pouvoir et de domination.

Ce roman est le premier d’une série. D’après le traducteur, les suivants sont encore meilleurs. On les attend avec impatience.

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