Ce roman se passe au Texas, d'où l’autrice est originaire. C’est le cinquième roman d’Attica Locke qui explore une fois encore les tensions raciales dont souffre le sud profond des Etats Unis. Il a pour titre "Bluebird, bluebird" et met en scène un enquêteur membre des Texas Rangers…

Détail de la couverture de Bluebird, bluebird de Attica Locke
Détail de la couverture de Bluebird, bluebird de Attica Locke © Liana Levi

Commençons par lui parce que c’est la voix principale du livre, un personnage passionnant, complexe, qui va faire de son enquête une affaire personnelle.

Darren Mathews est noir, issu d’une grande famille plutôt fortunée, implantée depuis longtemps au Texas. Il a fait ses études dans une université de l’Est, aurait pu réussir, dans une grande ville, une carrière d’avocat, comme son oncle ou sa compagne qui voudraient le voir retourner à la fac et renoncer à son destin de flic. 

Mais, au risque de se brouiller avec eux, il s’accroche à son insigne de  Ranger et à ce pays, le Texas rural. Il aime cette terre rouge pour laquelle il ressent un attachement viscéral. Son insigne est pour lui une manière d’affirmer je suis d’ici, cette terre est à moi aussi. Elle n’est pas le territoire exclusif des Blancs suprémacistes, nombreux dans la région.

Darren Mathews est ainsi particulièrement intéressé par les crimes à caractère raciste. Il envisage son métier comme un combat. Ce qui n’est pas forcément du goût de ses supérieurs et de ses collègues majoritairement blancs.

On est donc au Texas, en 2016. Et Darren Mathews va enquêter sur un double meurtre

Deux cadavres sont en effet sortis du bayou Attoyac, dans le comté de Shelby, à quelque jours d’intervalle.

Celui d’un Noir, avocat de Chicago, originaire du Texas, mort après avoir été sévèrement battu. Et celui d’une jeune femme blanche, serveuse dans un bar, qui a été étranglée.

Et l’intrigue va se nouer autour de deux restaurants, situés à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. Le café de Geneva Sweet, fréquenté essentiellement par des Noirs. Et le bar de Wally, dernier rejeton d’une famille propriétaire de presque tout le village, qui accueille chez lui nombre de membres de la Fraternité Aryenne du Texas.

Les deux crimes sont-ils liés ? S’agit-il d’une affaire purement raciste ? Darren Mathews va mener l’enquête dans un bled où les étrangers ne sont pas les bienvenus, sur le territoire d’un shérif très jaloux de ses prérogatives, et sous la pression de supérieurs attachés d’abord à ne pas raviver les guerres raciales.

Attica Locke construit un suspense aux ressorts multiples, tout à fait captivant. Mais elle a aussi l’art des atmosphères. En particulier quand elle met en scène le café de la vieille Geneva, ses habitués, ses odeurs de cuisine du sud, celle du ragoût de queue de bœuf aux haricots noirs, par exemple, que l’on déguste en écoutant du blues, comme ce morceau de John Lee Hooker, Bluebird, qui donne son titre au roman…

Polar aux accents de blues, ce roman raconte, au bout du compte, une histoire moins simple qu’il n’y paraît au premier abord

C’est ce que va découvrir son héros enquêteur contraint à se confronter à ses préjugés. D’autres personnages autour de lui finissent par renoncer à la vérité, mais Darren Mathews s’acharne.

Si le racisme est au cœur des crimes sur lesquels il enquête, l’histoire du village, l’enchevêtrement des liens familiaux et amoureux de ses habitants blancs et noirs, ont lentement tissé la trame des tragédies qui les accablent.

Attica Locke connaît intimement ce sud profond sur lequel elle écrit. Son roman est finement documenté, sensible, incarné. Il y a dans ce texte beaucoup de lucidité, de la rage et de la révolte, de la tendresse et pas mal d’humanité. Une pointe de mélancolie aussi. Bref, c’est très réussi.

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