"Le club de Macao" est un roman noir portugais de Pedro Garcia Rosado, journaliste, traducteur et écrivain. Il raconte une longue partie d’échecs particulièrement ténébreuse.

Et particulièrement complexe, car elle s’étale sur plusieurs décennies et oppose deux hommes sans scrupule, un juge, Carlos de Sousa Ribeiro, et un policier, Carlos Vasques. Tous deux avancent leurs pions et préparent leurs coups avec un seul objectif : anéantir l’adversaire.

Les deux hommes se rencontrent à Macao, en 1985, quand la ville chinoise est encore sous domination portugaise. Avec deux autres policiers, un médecin et un présentateur de télévision, ils ont créé le « Club de Macao », un maison de passe très fermée, dédiée à leurs seuls plaisirs de nantis, où travaillent de jeunes adolescentes chinoises, mises à leur disposition par le chef d’une triade locale, Sam Wah.

Le meurtre d’une des jeunes filles, la préférée de Vasques, oblige à la dissolution en catastrophe du club dont les membres vont regagner ventre à terre le Portugal. En prenant soin de ne laisser aucune trace derrière eux…

Extrait :

Sam Wah est assis à son bureau, couvert de papiers qui semblent inutiles, il regarde le petit téléviseur posé sur une étagère. Il tourne la tête. Il a l’air surpris. Il lève une main, comme s’il voulait empêcher Rodrigo d’avancer. Mais ce dernier ne s’arrête pas et s’appuie sur le bureau. Il sourit. Sam Wah essaie de sourire lui aussi. Il y renonce quand Rodrigo sort un pistolet de sa poche et le lui braque sur la tempe. Les yeux du vieux Chinois fixent ceux de Rodrigo, qui presse sur la détente. Sam Wah est projeté vers l’arrière, emportant avec lui un rictus d’effroi qui se fige brusquement. « Qu’il ne reste aucune trace du Club de Macao » avait exigé d’eux Sousa Ribeiro. Rodrigo est un ami fidèle, et il tentera de le rester jusqu’à sa dernière heure. Il ne restera rien, lui promet Rodrigo dans sa tête, sans ralentir le pas, comme s’il voulait quitter le territoire en s’enfuyant à toutes jambes, le soir même.

Le roman se poursuit alors, 20 ans plus tard, à Lisbonne. Et les anciens amis ne vont pas rester longtemps fidèles…

À l’exception d’un des flics, tous sont devenus des notables aux positions avantageuses. L’un est chef de la PJ, l’autre directeur d’une chaîne de télévision nationale, le troisième chirurgien renommé. Quant au juge Sousa Ribeiro, il est devenu procureur général, célèbre pour avoir démantelé un réseau de pédophilie dont les victimes étaient des orphelins et dans lequel étaient compromis nombre de personnalités du monde politique, économique et médiatique.

Quand Sousa Ribeiro déclare son ambition présidentielle, tous les anciens amis de Macao se réunissent autour de lui. Tous sauf Carlos Vasques qui va y trouver l’occasion de venger la mort de la jeune chinoise dont il était tragiquement amoureux : pour lui il ne fait pas de doute que le juge était au centre de son assassinat.

La partie d’échecs entre les deux hommes va reprendre, les coups de plus en plus hardis se multiplier, minutieusement orchestrés par l'auteur, maître de l’intrigue et du rebondissement.

Après Mort sur le Tage, son premier roman traduit en français, Pedro Garcia Rosado poursuit sa critique de la bonne société portugaise…

Pedro Garcia Rosado met en scène un Etat aux mains d’une caste, miné de l’intérieur, où l’ensemble des pouvoirs, politique, économique et médiatique sont intimement liés, où police et justice sont d’abord au service des intérêts de cette caste.

Son roman date de 2007, et s’inspire d’une affaire de pédophilie qui faisait alors grand bruit, celle de la Casa Pia (la Maison Pieuse), une vieille institution caritative, dédiée à l’éducation de jeunes orphelins et d’enfants défavorisés. Des notables de tous bords étaient accusés d’avoir abusé des pensionnaires de cette institution des années durant.

Les personnages du roman sont tous suspects, aucun n’est innocent. Le juge est d’une noirceur absolue et le policier qui le poursuit cherche d’abord à se venger. L’ensemble est ainsi très sombre, servi par une écriture épurée, comportementale. Le lecteur est tenu à distance et en même temps au plus près des personnages et de leurs actes. C’est à l’évidence l’oeuvre d’un véritable écrivain.

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