Deon Meyer, le maître du polar sud-africain, publie son douzième roman, "La Proie". Avec son héros, le capitaine de police Benny Griessel absent du livre précédent : une chronique placée sous le signe des retrouvailles !

Deon Meyer
Deon Meyer © Getty / Frank May/picture alliance

Son précédent libre était une dystopie qui résonne étrangement aujourd’hui puisque Deon Meyer imaginait dans L’Année du lion, un monde post-apocalyptique, où une grande partie de l’humanité avait été décimée par un coronavirus. L’auteur avait écrit ce livre en 2016 après s’être renseigné auprès d’épidémiologistes…

Retour aujourd’hui à son domaine de prédilection, le thriller, et à ses héros Benny Griessel et Vaughn Cupido de la brigade des Hawks, les Faucons, unité d’élite de la police sud-africaine. Et c’est une belle réussite : La proie est sans doute un des meilleurs de la série, en particulier par la précision millimétrée de sa construction.

Deon Meyer, conteur diabolique, tisse une double intrigue dont les fils se mêlent peu à peu, de manière de plus en plus inextricable. 

  • Dans la première, Griessel enquête sur la mort mystérieuse d’un ancien membre des services de police devenu garde du corps. Le cadavre de celui-ci a été retrouvé sur la voie ferrée entre Le Cap et Pretoria quelques jours après avoir disparu d’un train de luxe où il assurait la protection d’une riche touriste néerlandaise…
  • La seconde intrigue se passe en France, à Bordeaux, que Deon Meyer connaît visiblement comme sa poche. Il imagine qu’un ancien combattant de la branche militaire de l’ANC, un tireur d’élite, y a trouvé refuge chez un restaurateur de meubles anciens. Il souhaite y finir sa vie, mais un camarade de combat vient le relancer : lui seul peut mener à bien une mission à haut risque à l’occasion de la visite à Paris du Président de la République sud-africaine. Cette intrigue là est proche du roman d’espionnage.

L’alternance entre les deux histoires est de plus en plus rapide jusqu’à ne plus faire qu’une

L’action est constamment relancée. Mais le livre est beaucoup plus subtil que simplement efficace. Il s’agit d’une sorte de thriller lent, Deon Meyer prend son temps, ses personnages ont de l’épaisseur, il a de l’empathie pour eux, tous sont passionnants dans leurs fragilités et leurs contradictions.

D’autant plus qu’ils sont les otages de la situation politique. Une fois de plus Deon Meyer se révèle subtil observateur de l’histoire politique de son pays

L'auteur est en colère, désespéré par la situation de son pays

Il ne cite pas les noms, mais son roman vise à l’évidence la présidence calamiteuse de Jacob Zuma, au pouvoir entre 2009 et 2018. Et il en brosse un tableau au vitriol. D’abord en mettant en lumière le jeu des grandes puissances, en particulier la Russie, comme le montre ce dialogue entre les deux anciens combattants de l’ANC dont les idéaux ont été trahis par Jacob Zuma…

Extrait :

Poutine… Tu peux dire de lui ce que tu veux, il est malin. Il joue sur le long terme, il se positionne, il place son pays. (…) Politiquement, l’Afrique du sud lui permet de prendre pied sur le continent. La porte d’entrée. Poutine ambitionne de faire à nouveau de son pays une superpuissance. Sa Nouvelle Russie. Nous sommes toujours le joyau de la couronne, le plus gros, le plus sucré, le plus juteux des fruits de l’Afrique, même si ça ne tourne pas bien chez nous. Il veut nous occuper avant que la Chine ne le fasse. Il a notre président dans sa poche, son meilleur levier. Il ne tient pas à le perdre. Il est prêt à tout.

Les livres de Deon Meyer montrent la persistance du racisme en Afrique du sud. Ici, c’est la corruption du pouvoir qui est au centre du roman. C’est le sujet principal. Corruption du Président, d’un grand nombre de ministres, d’élus régionaux, de responsables d’entreprises d’Etat. Tout un système, écrit Deon Meyer, de captation de l’Etat, de milliards détournés. Tout l’héritage de Nelson Mandela dévasté. Ses personnages sont brisés par le poids de cette trahison, ils en portent la culpabilité, peinent à trouver encore du sens à leur travail. Tous ont la tentation de laisser tomber, de se mettre à l’écart, même si le roman reste ouvert à une possible rédemption collective. 

Deon Meyer n’est pas seulement un singulier conteur. Il est aussi un moraliste.

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