Direction l'Italie, à Parme précisément, pour retrouver le commissaire Soneri, héros d’une brillante série imaginée par Valerio Varesi. Treize romans ont déjà été publiés en Italie, dont cinq traduits en français. Parmi eux, le roman, "Or, encens et poussière », qui paraît aujourd’hui.

Détail de la couverture d'"Or, encens et poussière ", de Valerio Varesi
Détail de la couverture d'"Or, encens et poussière ", de Valerio Varesi © AGULLO

Quand s’ouvre ce nouvel épisode, Parme est noyée dans le brouillard, mélancolique et incertaine. Un accident s’est produit sur l’autoroute, à proximité d’un camp de Tziganes, des dizaines de voitures et de camions sont sens dessus dessous, des taureaux se sont échappés d’une bétaillère. Le commissaire Soneri est envoyé sur les lieux, lui seul connaît assez bien le coin pour ne pas se perdre.

Un début extrêmement puissant

L’atmosphère de ce début est extrêmement puissante, entre cauchemar et réalité, jusqu’au moment où Soneri découvre, au bas du talus, un cadavre carbonisé, jeté là bien avant l’accident. Très vite, il apprend qu’il s’agit du corps d’une immigrée roumaine, une jeune femme dont le nom est associé à de nombreux amants, tous issus de la bourgeoisie friquée de la ville.

Soneri va s’attacher à elle, s’approcher au plus intime de son histoire et s’acharner à lui rendre justice. Ultrasensible, dense, charnelle, l’intrigue est admirablement menée, constamment relancée, mêlant réalisme et poésie, mélancolie et sens aigu de l’atmosphère.

Et ce brouillard qui plane tout au long du roman est comme le reflet des états d’âme de Soneri, une métaphore de l’incertitude dans laquelle il se débat.

Ce qui fait le charme de la série

Ce personnage du commissaire Soneri fait le charme de la série. On l’a souvent comparé au commissaire Maigret, et c’est assez juste. Soneri est un flic hors pair, un limier de la vieille école. Il se méfie des techniques modernes, les ordinateurs lui sont étrangers.

A l’exemple de Maigret, il s’imprègne des lieux, hume les atmosphères et passe du temps avec les gens. Explorateur des âmes et des émotions, il est attentif aux symboles et aux coïncidences, échafaude des hypothèses, minutieusement vérifiées.

Mais Soneri, à la différence de Maigret, est un incorrigible romantique et un idéaliste. Il regarde le monde avec réalisme, mais il n’a jamais renoncé à penser en rêveur, comme le lui dit sa compagne, Angela. Il tente de résister aux évolutions de la société, à la décadence des idéaux et des valeurs qui ont forgé sa jeunesse. 

Sa résistance est douloureuse évidemment. Dans ce roman, tout lui échappe, Angela menace de le quitter ; il est à vif, d’autant plus que l’enquête résonne avec sa propre histoire.

Soneri est ainsi un formidable personnage, complexe, fragile, vulnérable, hypersensible. Il garde un irrésistible besoin d’espoir, même s’il est sans illusion, comme on l’entend dans ce court extrait, au moment de l’arrestation d’un suspect :

On l’emmena immédiatement après ses aveux. Soneri observa l’homme se mettre debout entre les deux agents, suivi de son avocat, guindé comme un mannequin. Il s’étonnait toujours de la banalité des assassins à cet instant précis, sans aucune marque de fierté, y compris chez les malfrats. C’étaient toujours des visages ternes, des personnages quelconques, insignifiants, qu’il était difficile de se représenter dans un rôle de bourreau. Il gardait en mémoire des mafieux de haut rang aux allures de retraité, des tueurs en série au physique d’employé, des violeurs au masque de séminariste, de féroces empoisonneuses à la figure poupine. Jamais personne qui ressemble à un égorgeur ou qui possède l’œil méchant du requin, jamais d’expression arrogante.

Une ville comme personnage

On a parlé du commissaire Soneri, mais la ville de Parme est également le personnage principal de la série. Quel est le lien entre le commissaire et sa ville ? Voici tout l’objet de la série. L’auteur, Valerio Varesi, à travers son personnage, raconte sa ville, comme Ian Rankin brosse le portrait d’Edimbourg ou Arnaldur Indridason, celui de Reykjavik. 

Le commissaire Soneri est orphelin d’une société parmesane qui a, selon lui, perdu ses repères et oublié son histoire. Ce dernier roman parle ainsi du temps qui passe, de fidélités désuètes aux yeux des jeunes, de désirs enfouis et d’espoirs corrompus. On est loin du simple divertissement.

Or, encens et poussière, de Valerio Varesi, traduit de l’italien par Florence Rigollet, aux éditions Agullo. 

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