Avec « Le Couteau » du Norvégien Jo Nesbø, qui paraît en Série noire, chez Gallimard, vous nous proposez des retrouvailles avec un héros désormais bien connu, Harry Hole…

"Le couteau", le roman de Jo Nesbø
"Le couteau", le roman de Jo Nesbø © Getty / Chokniti Khongchum / EyeEm

C’est la douzième aventure de cet inspecteur de police effectivement connu dans le monde entier. On l’avait quitté avec La soif publié il y a deux ans et qui paraît aujourd’hui en poche, dans la collection Folio policier.

Quand s’ouvre le nouveau roman, rien ne va plus pour Harry : sa femme, Rakel, l’a quitté, il s’est remis à boire, la police criminelle d’Oslo l’a réintégré, mais il est désormais chargé d’affaires mineures, en général réservées aux débutants.

La première scène est impressionnante. Harry se réveille dans le coaltar, une bouteille de whisky vide roule au pied de son lit. Il ne se souvient de rien de ce qu’il s’est passé pendant la nuit, mais ses mains sont couvertes de sang.

C’est classique, mais c’est formidablement réussi. L’intrigue est fiévreuse, noueuse, pleine de rebondissements et de fausses pistes. Nesbø est un orfèvre en la matière. On est entre roman noir américain par le côté hard boiled du héros et intrigue à l’anglaise car le nœud de l’histoire est une variation sur un mystère de chambre close : une femme est retrouvée assassinée dans une maison fermée de l’intérieur.

C’est le personnage de Harry Hole qui fait le succès de la série. 

Il n’est pas très sympathique pourtant… Il est même souvent effrayant. Mais à l’instar de Matt Scudder, le personnage de Lawrence Block ou du Kurt Wallander d’Henning Mankell, on se précipite chaque fois sur le nouveau roman pour prendre des nouvelles du héros. Où en est-il de ses hantises et de ses fantômes ? Harry Hole est un géant d’1m93, mais un homme fragile, complexe, incapable d’obéir aux règles et de respecter les limites, entre le Bien et le Mal notamment. Nesbø est un maître de l’ambiguïté morale.

Harry Hole n’est pas doué pour le bonheur et c’est ce qui fait son charme. Il est dans l’inquiétude permanente, rongé par l’intranquillité.

Harry avait été heureux ; mais le bonheur, c’était comme l’héroïne, une fois qu’on y avait goûté, une fois qu’on en connaissait l’existence, on ne pouvait jamais accepter totalement la vie sans. Car le bonheur est autre chose que la satisfaction. Le bonheur n’est pas naturel. C’est un état d’urgence trépidant, ce sont des secondes, des minutes, des jours qu’on sait ne pas pouvoir durer ; et le manque ne survient pas après, mais pendant. Avec le bonheur vient en effet la douloureuse notion que rien ne sera jamais plus pareil, et ce qu’on a nous manque déjà, on redoute la privation, la douleur de la perte, on se maudit de savoir ce qu’on est capable de ressentir. (p. 65)

Jo Nesbø ne ménage pas son personnage

C’est aussi ce qui rend ses romans passionnants. De livre en livre, il a tout fait subir à son héros. Blessé, passé à tabac, laissé pour mort. Il le pousse au delà de tout, aux limites de  ses addictions, de ses cauchemars et de sa solitude. Combien de fois Harry Hole est-il tombé ? Combien de fois s’est-il relevé ?

Le couteau est sans doute le roman qui le met le plus radicalement à l’épreuve. Le voila désespérément seul, s’épuisant sur une enquête qui consiste à retrouver l’assassin de sa femme en se demandant de plus en plus précisément s’il n’est pas lui-même impliqué dans ce meurtre. Sa chute est vertigineuse, la tentation du suicide de plus en plus forte. A un moment, il va frôler la mort et s’en sortir par miracle, comme si Nesbø voulait en finir avec lui, comme Conan Doyle avec Sherlock Holmes, le ressuscitant in extremis sous la pression de ses lecteurs.

Cette relation d’amour-haine entre l’auteur et son personnage n’est pas le moindre intérêt de la série et particulièrement de ce nouvel épisode. C’est une aventure de lecture de 600 pages, fort bien traduites par Céline Romand-Monnier. Elle vaut vraiment le détour.

Le couteau de Jo Nesbø, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, « Série noire », Gallimard.

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