"Maldonnes", le nouveau roman de Serge Quadruppani, met en scène un personnage, Antonin Gandolfo, qui ressemble beaucoup à son créateur…

Serge Quadruppani
Serge Quadruppani © AFP / ULF ANDERSEN / Aurimages

Antonin est auteur de polars, traducteur, en particulier d’Andrea Camilleri, il dirige une collection de romans italiens, écrit des essais et des articles, c’est un intellectuel et un militant de l’ultra gauche.

Dans une note en fin de roman, Serge Quadruppani s’amuse à relever que son héros est petit et dodu, et qu’il n’a donc rien à voir avec lui. Dont acte. C’est tout le sel de ce jeu autofictif. Quadruppani puise dans sa propre vie,  s’en approche et s’en détache, joue avec la réalité et l’auto-ironie pour le plus grand plaisir du lecteur.

Le récit revient ainsi sur la jeunesse du personnage dans les années 70 et 80, raconte ses révoltes, ses engagements et ses utopies, rend compte du regard et des débats de l’époque. Le propos est tendre mais sans concession et le polar d’Antonin, écrit à la première personne, est un passionnant retour sur soi, historique et intime.

Le tout organisé autour d’une trame de roman noir

Au début du roman, en 2010, Antonin, la soixantaine, coule des jours heureux sur une île éolienne, quand il reçoit la visite de Guillaume, le fils d’un droguiste braqué et tué quinze ans plus tôt par Georges Nicotra qu’Antonin avait contribué à faire acquitter. Est-il là pour se venger ?

Le roman reprend alors au début et raconte les premières armes d’Antonin, bandit anarchiste rapidement convaincu de ses piètres talents de braqueur, reconverti dans le métier d’écrivain de polars.

Jusqu’à sa rencontre avec Georges Nicotra, flamboyant voyou, chien fou égocentrique, un type pas toujours recommandable devenu écrivain et symbole de liberté, dénonciateur infatigable du système pénitentiaire encensé par l’intelligentsia de gauche.

On pense évidemment à Roger Knobelspiess auquel Serge Quadruppani a consacré un essai publié par Maurice Nadeau en 1986. Tout comme Antonin écrit un bouquin sur Nicotra, également publié par Nadeau. On voit les rapports complexes et savoureux qu’entretiennent réalité et fiction dans le roman !

On n’en racontera pas plus, évidemment, les péripéties sont nombreuses, la composition virtuose. Mais il faut insister sur la qualité de la langue, à la fois orale et soutenue, sur l’humour et la verve de ce texte vraiment séduisant.

Le roman introduit d’autres points de vue que celui d’Antonin

À la moitié du livre en effet, au polar d’Antonin en train de s’écrire, viennent s’ajouter le journal de Guillaume, le fils du droguiste dont j’ai parlé et surtout les « confessions d’Olga », la petite nièce de Nicotra dont Antonin va tomber amoureux. 

Quadruppani fait la part belle aux personnages féminins et en particulier à cette Olga qui représente la nouvelle génération. Féministe, boxeuse, formidablement libre. Son regard est au scalpel sur Antonin et son passé. Sans méchanceté, mais impitoyablement lucide, comme en témoignent ses propos sur les intellectuels, artistes et écrivains qui, dans les années 80, ont soutenu son grand-oncle…

Extrait :

Ils croyaient encore qu’ « un homme, une rose à la main, a ouvert le chemin, vers un autre demain ». L’immense Barbara, le doux elfe Higelin, le faux cynique Wolinski, Bedos et Signoret et tous les autres, professeurs et écrivains, croyaient à l’existence d’un lieu où les bonnes intentions réformatrices de Mitterrand et la révolte de Georges Nicotra se rejoindraient. Et tandis que l’Élysée en était au troisième de ces bulletins de santé présidentiels qui avaient été présentés comme une preuve inédite de transparence et qui s’avéreraient de purs concentrés de mensonges, que le tournant reaganien du septennat s’amorçait et que Georges multipliait les blagues sur la farce de son acquittement, ses soutiens continuaient de croire autant à la sincérité du président qu’à l’innocence du taulard.

Serge Quadruppani sera présent à Lyon, ce week-end, pour le festival Quais du polar

C’est un festival de qualité, et tous les amateurs vont pouvoir s’y retrouver après ces mois d’empêchement sanitaire.

L’affiche est belle, Florence Aubenas, Caryl Ferey, Nicolas Mathieu, Hervé Le Corre, Hannelore Cayre, Iain Levison, Franck Thilliez, Jurica Pavicic et bien d’autres. Ça vaut le déplacement !

Les invités
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