Voilà un jeune homme qui exerce un métier dont on réalise en ce moment à quel point il est important. Il suffit de regarder trois minutes la télé : quasi tous les intervenants sont coiffés n’importe comment ! Thomas Girard est coiffeur. Actuellement au chômage technique, il se met au service des désespérés capillaires.

Thomas Girard donne des conseils pour se couper les cheveux seul.e
Thomas Girard donne des conseils pour se couper les cheveux seul.e © capture écran d'une vidéo Instagram

Mis à part ceux qui vivent avec un coiffeur, ou avec une coiffeuse, on est tous confronté au problème ces temps-ci : des franges qui tombent dans les yeux, des rebiquettes à l’arrière, des carrés devenus triangles, des racines apparentes, des mélanges de couleurs… En somme, ça part dans tous les sens : en haut, en bas, sur les côtés. Moi, j’ai tellement de cheveux que je pourrais me faire des couettes, un palmier sur le crâne et, en prime, un petit catogan.

J'ai d'ailleurs l'impression que sur les réseaux sociaux, les internautes postent beaucoup moins de photos de leur trombine. Et quand ils le font, désormais, c’est pour dire : "Mon coiffeur me manque !" ou bien "Regardez les amis, j’ai vraiment besoin d’un coiffeur !". Et les amis répondent : "Ben non, t’es pas si moche que ça !" Ce qui est faux. Mais bon, tout cela, c'est à cause du confinement, à cause du coronavirus. Nous avons de réelles excuses.

Nos cheveux, victimes collatérales de la pandémie

Alors, on en trouve, malgré tout, qui s’en sortent. Par exemple Mireille Mathieu, actuellement confinée dans sa maison de Neuilly. L’AFP l’a interrogée : "Comment faites-vous avec vos cheveux ?" Et la chanteuse a bien de la chance : elle habite avec l’une de ses sœurs qui s’occupe de ses brushings ! Mais, si l’on n’a pas de sœur sous la main, que faire ? On se rase la tête ? On met une cagoule ? On se dit qu’on s’en moque et qu’on règlera ça après le confinement ? 

Les trois solutions sont possibles. En ce qui me concerne, j’ai choisi la cagoule. 

Cela étant, il existe une quatrième solution : c’est de prendre rendez-vous avec Thomas Girard. Lui, il est donc coiffeur. Il a environ 35 ans. En temps normal, il travaille au salon des Galeries Lafayette, à Paris. Il en est le manager. Depuis le début du confinement, il est donc au chômage technique, et fin mars, il s'est dit : "Qu’est-ce que je peux faire pour mes clientes ? J’sais pas quoi faire pour mes clientes ?"

Le jeune coiffeur a lancé l'opération solidaire "coiffinement"

Le principe : venir en aide, gratuitement, à celles et ceux qui se retrouvent dans une situation de "détresse capillaire". Il n'aide donc pas uniquement ses clientes. Bien sûr, on peut penser que les cheveux sont un détail et que, compte tenu de la gravité du moment, c'est futile de s'en occuper. Mais, pour certains, ce n'est ni futile, ni un détail. Et ils sont nombreux à faire appel aux services de Thomas Girard

Chaque jour, il accepte jusqu'à six rendez-vous d'une demi-heure. Des rendez-vous individuels, lors desquels il aide donc les "désespérés capillaires" à se couper les cheveux en visioconférence

Pour ça, on n'a pas besoin de beaucoup de matériel. Il faut juste un grand miroir dans une pièce bien éclairée, et, bien évidemment, une paire de ciseaux ! 

Evitez les ciseaux de cuisine et les cisailles de jardinage : prenez plutôt des ciseaux de couture ou des ciseaux de bureau

Evitez aussi de vous mouiller les cheveux. Ou, si vous vous faites un shampoing, prenez le temps de vous sécher ensuite. Thomas Girard ne travaille que sur cheveux secs. Ensuite, tout dépend de la catastrophe en cours, mais guidé par lui, on peut à peu près tout réussir : égaliser ses pointes, rafraîchir son carré, dégrader ses longueurs, effiler sa frange… 

A dire vrai, ce sont les coupes courtes qui sont les plus compliquées. Et, a fortiori, les coupes hommes. Pour cela, il faut un assistant, ou une assistante : quelqu’un qui tienne les ciseaux. 

Depuis le début du confinement, Thomas Girard a déjà assisté des dizaines de personnes, sans doute plus de 150, et il se demande s’il ne va pas continuer après le 11 mai, même quand il aura repris son activité… Parce que ça le met en joie de voir la fierté et la joie de celles et ceux qui, grâce à lui, sont parvenus à se couper les cheveux eux-mêmes.  

Le ferai-je moi-même ? Non. Trop peur de me massacrer. Sachant que j’ai déjà peur de me faire massacrer quand je vais chez le coiffeur. C’est déjà arrivé. Et, dès lors, quand j’y vais, j’angoisse. Dans mon sac, au cas où, j’ai toujours une cagoule. 

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