Elle est prof de sport dans un collège de la Drôme, mais sa passion, c’est l’alpinisme, et ce, depuis l’âge de 16 ans…

L'alpiniste Elisabeth Revol, le 31 janvier 2018 à l'hôpital de Sallanches à l'issue de sa tentative d'ascenscion du Nanga Parbat
L'alpiniste Elisabeth Revol, le 31 janvier 2018 à l'hôpital de Sallanches à l'issue de sa tentative d'ascenscion du Nanga Parbat © AFP / PHILIPPE DESMAZES

Aujourd’hui, elle a 37 ans et un tout petit gabarit : 1 mètre 56 pour 43 kilos… Mais elle a un moral d’acier et une résistance de championne et, il y a quelques jours, elle a accompli un exploit, en devenant la première femme à atteindre, en hiver, et sans aucune assistance – ni oxygène ni sherpa - le 9ème plus haut sommet de la planète. 

8 126 mètres : c’est le Nanga Parbat

Surnom : ‘la montagne tueuse’, dans la partie pakistanaise de l’Himalaya… Environ 70 personnes y ont déjà trouvé la mort, et cette semaine un nouveau nom : Tomasz Mackiewicz, surnommé Tomek, le compagnon de cordée de notre alpiniste drômoise… C’est la deuxième fois qu’elle perd un compagnon de cordée. Mais elle, a été secourue, à plus de 6 000 mètres…    

Et c’est de sa chambre d’hôpital que l’alpiniste a raconté l’ascension puis la tragédie... Avec son compagnon de cordée, ils avaient déjà plusieurs fois tenté l’escalade du sommet. Ils veulent défier l’impossible, des aventuriers de l’extrême, monter plus haut, toujours plus haut, et même si des esprits chagrins estiment que ça ne sert à rien – ils ont raison, ça ne sert à rien – oui, mais là-haut, c’est tellement beau.

Jusqu’alors, le Nanga Parbat leur avait chaque fois résisté, or ce jeudi-là, c’est la bonne, ça y est, ils y sont, après cinq journées à grimper dans la neige et un vent glacial… Mais leur joie ne dure pas longtemps, car soudain : « Je ne vois plus rien », dit Tomek à Elisabeth. Inflammation des yeux. Puis il s’accroche à son épaule et c’est la fuite vers le bas… Il fait noir et moins 30 degrés, la descente est très difficile… Tomek ne peut plus respirer, et puis il commence à geler… Son nez qui devient blanc, puis ses mains, puis ses pieds. Et c’est à ce moment-là qu’Elisabeth envoie un message de détresse. 

Une première nuit dans une crevasse.

Désormais, Tomek crache du sang, c’est le mal aigu des montagnes, des signes d’œdème pulmonaire… Elisabeth essaie d’organiser les secours…  

Par texto, on lui dit de continuer à descendre, et que des hélicos viendront chercher Tomek. Et donc Elisabeth descend, mais les hélicos ne viendront pas. Une seconde nuit dehors. Des hallucinations, à cause de l’altitude. Elle rêve qu’on lui apporte du thé mais qu’en échange, elle doit enlever une chaussure. Elle enlève une chaussure. Gelure du pied gauche. Et c’est finalement dans la nuit de dimanche qu’elle est secourue par deux collègues polonais : Denis Urubko et Adam Bielicki. Des héros, ces hommes-là. En moins de quatre heures, ils ont gravi plus de 1.000 mètres de dénivelé. 

Une expédition financée grâce à un appel aux dons lancé sur les réseaux sociaux : des dizaines de milliers d’euros ont été récoltés, en moins de quatre heures, là encore. 

On dirait le scénario d’un film

Tout est hors-norme dans cette histoire. La hauteur du sommet et l’exploit des deux alpinistes, la dureté des températures et l’exploit des sauveteurs, et puis l’élan de solidarité sur Internet. 

Tomek avait 43 ans, une femme, trois enfants. Il est donc mort dans la montagne, mais son épouse a réussi à écrire que dans sa douleur, elle était « heureuse qu’Elisabeth ait survécu ». Et d'ailleurs, elle repartira. Une fois qu'elle sera rétablie, et qu'elle aura pu aller embrasser les enfants de Tomek, Élisabeth Revol repartira escalader l'Himalaya. 

Même si ça ne sert à rien. Là-haut, c'est tellement beau.

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