La rencontre amoureuse est-elle possible en cette période de confinement ? Un jeune Américain y croit. Il y a quelques jours, il a flashé sur une voisine vivant de l'autre côté de la rue, et, depuis, il déploie des trésors d'ingéniosité pour tenter de la séduire à distance. Frédéric Pommier nous raconte leur histoire.

Une belle histoire (capture d'écran)
Une belle histoire (capture d'écran)

Il s’appelle Jérémy Cohen, il a 28 ans, il habite Brooklyn? et il y a une dizaine de jours, un magazine lui a commandé une série de clichés pour illustrer un dossier sur le confinement. À cause de l’épidémie de coronavirus, les New-Yorkais ne doivent plus sortir de chez eux depuis le 22 mars, et c’est ce jour-là que, de ses fenêtres et de son balcon, Jérémy commence à prendre des photos de son quartier. 

Il photographie sa rue, les façades alentour, les gens à leurs fenêtres ou sur leur balcon. En ce moment, ce sont des chanceux, ceux qui ont des balcons. C’est moins bien qu’une terrasse, et moins bien qu’un jardin, mais ces petites parcelles d’extérieur permettent de prendre l’air sans avoir besoin de remplir une attestation. 

Certains peuvent aussi profiter du toit-terrasse de leur immeuble, comme Tori Cignarella, l’une des voisines de Jérémy Cohen. 

Tori est en train de danser sur le toit de son immeuble quand Jérémy l'aperçoit  

Il la trouve très, très charmante, pose son appareil, l’interpelle et lui fait coucou… Tori le salue à son tour puis la conversation s’engage, à distance. Pas très intime, en l’occurrence : la rue est large, il faut crier. Comment donc la séduire dans ces conditions ? Jérémy rejoint son salon : il a trouvé la solution ! 

Le photographe possède un drone. Il écrit son numéro de téléphone sur un bout de papier qu'il scotche sur le drone. Puis, avec sa télécommande, il fait voler le drone sur jusqu'au toit-terrasse de Tori. Elle récupère le numéro, et le contacte une heure plus tard. Désormais, ils peuvent donc s'appeler. 

Il s’agit donc d’une belle histoire, et c’est pour cette raison que les médias nous l’ont racontée cette semaine. 

C'est le genre d’histoire qui fait du bien, au milieu des nouvelles terribles du moment

Mais, si cette rencontre entre deux New-Yorkais s’est retrouvée dans nos JT, après avoir déjà fait le tour des sites internet et des télés américaines, c’est d’abord parce que Jérémy Cohen l’a lui-même racontée avec force détails sur les réseaux sociaux. 

Il s’est filmé scotchant son numéro de téléphone sur son drone. 

Il a filmé son drone volant jusqu'au toit-terrasse de Tori Cignarella. 

Il a filmé Tori récupérant le numéro. 

Il a filmé le dîner surprise qu’il a organisé avec l’aide de la colocataire de Tori. 

Un dîner chacun de son côté, pour respecter les gestes barrières

Lui, il était sur son balcon, et elle, sur le toit de son immeuble. Nappe blanche, verre de vin, petit bouquet de fleur sur la table et le smartphone, évidemment, pour pouvoir discuter toute la soirée par vidéos interposées. 

Le photographe s’est même filmé en train de se préparer pour le dîner. On le voit faire quelques pompes, se raser, se brosser les dents, et choisir sa tenue comme s’il allait vraiment rencontrer sa voisine. 

Il est super fort, Jérémy : il fait tout comme dans les comédies romantiques américaines ! Dès lors, ça nous laisse quand même un peu perplexe : l’intrigue est tellement bien scénarisée… 

Sachant que le clou du spectacle, c’est quand le photographe a finalement donné rendez-vous à Tori. 

Un rendez-vous devant chez elle

Lorsqu’elle est sortie de son immeuble, Tori a explosé de rire, car, pour se conformer aux règles de distanciation sociale, Jérémy s’était enfermé dans une bulle géante gonflable en plastique

Oui : une bulle géante gonflable en plastique. Il avait ça aussi dans son appartement !

Cette fois, c’est quelqu’un d’autre qui a filmé la scène des tourtereaux se promenant dans Brooklyn. Sans se toucher, bien sûr, puisque Jérémy marchait donc dans une bulle. Dans la presse, il a hérité de différents surnoms. 

Pour certains, il est « le McGyver de la séduction »

Pour d'autres, il serait devenu « le Dom Juan 2.0 » : celui qui, en dépit du confinement, grâce à son culot et son ingéniosité, réussit à brancher une inconnue vivant de l’autre côté de la rue.   

Alors, c’est sûr, on est très loin de Tristan et Iseult. Mais on n'est pas si loin que ça de Roméo et Juliette. On pense à "la scène du balcon"… avec un virus planétaire en lieu et place de la malédiction familiale. 

Jérémy et Tori semblent réinventer la rencontre amoureuse, et leur bluette new-yorkaise nous met donc du baume au cœur. Même si l’on n’y croit qu’à moitié, on se dit que l’époque nous donne encore quelques espoirs. Malgré les morts, malgré les pleurs, malgré la colère et la peur.

On se dit aussi que nous, quand nous sortirons de nos bulles, il serait sans doute bien qu’on ose, plus souvent qu’auparavant, dire à ceux qu’on aime qu’on les aime. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.