Il s’appelle Moussa, il a vingt-huit ans et il est acrobate. C’est un beau métier, acrobate. Il faut la souplesse et les muscles. Moussa possède les deux. Sa force lui permet de porter ses partenaires, jusqu’à quatre sur les épaules, et grâce à son corps élastique, il réalise des figures et des sauts prodigieux.

Mobilisation contre l'expulsion de Moussa, homosexuel guinéen que la France veut expulser
Mobilisation contre l'expulsion de Moussa, homosexuel guinéen que la France veut expulser © capture écran vidéo de France 3 réalisée par D. De Barros et I. Bris

Moussa est un acrobate de haut niveau. Il a fait des tournées dans différents pays d’Afrique. Mais en 2015, il a quitté le sien. Il craignait pour sa vie. Moussa s’est réfugié en France et aujourd’hui, la France voudrait l’expulser. 

Si l’on en croit ses proches, Moussa risque la mort s’il retourne en Guinée. Le jeune acrobate est en effet homosexuel. Il n’encourt pas la peine de mort. La justice guinéenne n’est pas aussi sévère. Là là-bas, les homosexuels, on les met « seulement » en prison : jusqu’à trois ans pour ceux que le code pénal qualifie de personnes « impudiques » et « contre natures ». Mais il y a aussi la justice des parents, des frères, des voisins. Et c’est là qu’on décide les passages à tabac. 

En Guinée, il arrive qu’on lynche les homosexuels

Ou alors qu’on les brûle, comme c’est arrivé à l’un des anciens amoureux de Moussa. Il est mort sous ses yeux, brûlé vif, et c’est après cela, et après avoir lui-même reçu des menaces qu’il a décidé de fuir son pays.    

Il est arrivé en France avec un visa temporaire de travail. Un visa grâce auquel il a pu se produire dans des spectacles à Nice, Montpellier ou Nîmes où il est installé. On l’a vu danser lors du défilé d’ouverture de la féria. A Nîmes, il s’est fait des amis. Il est bien intégré. Il est un militant actif de l’association Aides, qui lutte contre le Sida. Mais son visa de travail a fini par expirer et sa demande d’asile a été rejetée. Désormais, il est donc en situation irrégulière. Sans travail. Sans papier. 

En mars, lors d’un contrôle à la gare de Nîmes, la police a arrêté Moussa

Il a été placé dans un centre de rétention administrative et depuis, des associations se mobilisent pour demander sa libération et, surtout, surtout, pour qu’on ne le renvoie pas dans son pays. Il y a eu des rassemblements et de nombreux appels sur les réseaux sociaux. Un mot d’ordre : sauver Moussa. Mot d’ordre relayé par des responsables de gauche. Mais du côté de la préfecture, il semble que l’on ne croit pas à son histoire. Rien ne prouve qu’il soit homosexuel, dit-on en précisant que Moussa avait une compagne en Guinée. Il faudrait leur expliquer que ce n’est pas incompatible, surtout dans un pays où l’on criminalise les actes « impudiques » et « contrenatures ».

Première tentative d’expulsion le weekend dernier. On l’a attaché et conduit à Marseille. Mais le commandant de bord a fait savoir qu’il n’y avait plus de place dans l’avion. Deuxième tentative hier. Cette fois l’aéroport de Lyon. Moussa n’a pas voulu embarquer. On l’a placé en garde à vue, et il doit être jugé ce vendredi en comparution immédiate pour son refus de quitter le territoire. 

A ses amis, Moussa explique qu’il a peur, et ses amis dénoncent un acharnement : une politique migratoire « indigne et criminelle » dont il serait devenu le symbole. 

L’expulser, c’est l’assassiner

Certains quittent leur pays pour fuir la guerre ou la misère. Le jeune acrobate, lui, a quitté le sien pour fuir les persécutions homophobes. L’accueillir aujourd’hui, c’est lui sauver la vie. 

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