Ce matin, Frédéric Pommier dresse le portrait d'un jeune coiffeur d'Aubagne. Il a 29 ans, et la chaîne M6 lui a consacré un très beau reportage. Ces derniers mois, d'autres télés et des radios ont également parlé de lui, soulignant l'humanité de son initiative. Depuis un an, Kévin Ortega coiffe les personnes sans-abri.

Kévin Ortega dans son salon de coiffure en plein air
Kévin Ortega dans son salon de coiffure en plein air © Capture écran La Provence

Il a 29 ans, l’accent qui chante, le sourire, et une barbe brune impeccablement taillée. Il habite Aubagne, mais c’est dans un salon de Marseille qu’il travaille, salon où les coiffeurs portent tous un nœud papillon. Quand il était gosse, Kévin Ortega ne rêvait pourtant pas de porter un nœud papillon, pas plus qu’il ne rêvait de devenir coiffeur, non : c’est pompier qu’il voulait être - pas vraiment le même uniforme. 

Cela étant, les coiffeurs ont parfois un côté « pompier » : il arrive qu’ils rassurent, qu’ils consolent voire sauvent des vies… Ou l’inverse, ça arrive aussi. Une coupe ratée, ça peut faire sérieusement déprimer… On avait demandé la nuque bien dégagée et de la longueur sur le dessus… On se retrouve avec une coupe à la Waddle, le footballeur Chris Waddle qui, d’ailleurs, a joué à Marseille… 89/92… Il était tout bébé, à l’époque, Kévin Ortega.

Un bébé confié par les services sociaux à une famille d’adoption quand il n’avait que quelques semaines… Des sœurs, une maman polonaise et un papa pied-noir, dont il dit qu’ils ont été des parents exemplaires… Et eux-mêmes considèrent qu’ils ont bien éduqué leur fils, car lui également donne l’exemple. 

Depuis un an, il coiffe dans la rue les personnes sans-abri.

Grâce à ses ciseaux, Kévin Ortega apporte de la chaleur à celles et ceux qui en manquent, lesquels disent qu’ils retrouvent avec lui un peu de leur dignité, un peu d’estime de soi, quelques grammes de confiance... Parce que Kévin leur parle, il leur pose des questions et prend soin d’eux comme on le fait dans un vrai salon… L’ambiance n’est pas la même, c’est sûr. L’ambiance, c’est celle de la rue… Là où vivent, survivent ces hommes et ces femmes qui l’ont donc surnommé « le coiffeur au grand cœur »

Lui, les appelle par leur prénom : Jérôme, Patrick, Vladimir, Sylvie, Suzanne, Nathalie, Poguy… C’est lui qui va vers eux lors de ses maraudes à Aubagne, Marseille, La Ciotat, Toulon, Aix, Avignon… Il leur propose une coupe, la coupe qu’ils veulent, c’est gratuit !

Il arrive que certains refusent ; ils se méfient de cette étrange sollicitude.

Mais le plus souvent, ils acceptent, touchés qu’on leur propose de s’occuper d’eux. Kévin s’installe sur un trottoir, demande parfois aux commerçants de brancher une rallonge, puis il s’emploie à rendre ces femmes, ces hommes les plus beaux possible ! Ce n’est pas un détail, le visage, les cheveux… Bien coiffé, on est plus à l’aise pour s’adresser aux gens, aux travailleurs sociaux, à un éventuel employeur.

L’idée lui est venue en voyant la vidéo d’un collègue anglais qui faisait ça dans les rues de Londres… Kévin s’est dit : moi aussi, je vais coiffer les sans-abris… Ce garçon est un généreux. Pendant dix ans, il a fait du bénévolat aux Restos du Cœur. Et si, désormais, il coiffe ou rase les plus démunis dehors, quel que soit le temps qu’il fait, c’est aussi pour envoyer un message aux passants… Tenter de changer leur regard. Il veut leur dire : « Vous voyez, il n’y a pas de crainte à avoir… Les sans-abris, on peut leur parler, les toucher, leur caresser le crâne… » Et puis il sait aussi que tout le monde peut se retrouver à la rue… 

Lui-même a vécu quelques temps dans sa voiture. Période difficile de sa vie. Du reste, son initiative solidaire n’est pas solitaire.

Kévin a lancé un mouvement, qu’il a nommé « Coiff in the street ».

Un mouvement déjà rejoint par une quinzaine de coiffeurs à travers le pays… A Toulon, à Toulouse, à Paris, à Narbonne… A Narbonne, elle s’appelle Anissia Sadaoui… 30 ans, elle se déplace aux Halles ou devant la Poste avec son équipement : sa tondeuse, un tabouret, un peignoir… Des coupes simples et rapides, pour pouvoir satisfaire le plus de monde possible… A Annecy, il s’agit de Charline Pires… Elle a 21 ans, et elle aussi, c’est lors de ses jours de repos qu’elle arpente le centre-ville pour proposer ses services. 

Ça ne plait pas à tout le monde. Quelques commerçants se sont plaints, et des policiers lui ont même demandé d’arrêter de couper les cheveux en public et de ne pas « salir la rue ». Mais Charline ne salit rien ! Quand elle installe son mini-salon ambulant, elle met une bâche plastique au sol pour tout nettoyer à la fin.

Et, à la fin, ce sont souvent de longs remerciements. 

Des accolades, des embrassades, de l’émotion, de l’amitié…

C’est une leçon d’humanité que nous donne ce jeune coiffeur qui, sur son tee-shirt, a inscrit ce slogan simple et juste : « Le don de soi n’a pas de prix »… Parfois, il y a même des larmes de joie. Un jour, un sans-abri s’est mis à pleurer quand Kevin Ortega a tendu son miroir, une fois terminé la coupe… En se regardant, l’homme a lancé : « Kévin, tu es tombé du ciel ! » 

Je ne sais pas d’où il est tombé, mais c’est un garçon merveilleux

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