George Floyd a été tué par un policier blanc qui lui a écrasé son genou sur le cou pendant 8 minutes 46 secondes. Depuis, dans les rassemblements dénonçant les violences policières visant les Noirs, nombreux sont ceux qui posent le genou à terre. Un geste pour mettre à genoux le racisme, pas seulement aux Etats-Unis.

Rick Curran, 71 ans, s'agenouille au mémorial de George Floyd, décédé alors qu'il était détenu par la police de Minneapolis, à la suite d'une journée de manifestation pour la justice le 2 juin 2020 à Minneapolis
Rick Curran, 71 ans, s'agenouille au mémorial de George Floyd, décédé alors qu'il était détenu par la police de Minneapolis, à la suite d'une journée de manifestation pour la justice le 2 juin 2020 à Minneapolis © AFP / Kerem Yucel

J’aurais pu parler de nos mains, ces mains que l’on ne doit plus serrer désormais quand on veut se saluer. J’aurais pu parler de nos bouches, dorénavant masquées au travail et dans les transports. J’aurais pu parler de nos yeux, éblouis de redécouvrir les parcs et les terrasses des cafés et des restaurants. Oui, j’aurais pu mais non, car c’est de nos genoux que je souhaitais parler. 

On en parle assez peu, de nos genoux, en temps normal.

Certains les ont cagneux, d’autres les ont tremblants. Certains les ont boiteux, d’autres les ont en dedans. Et d’autres, avec les leurs, sont capables de tuer. 

Même pas besoin des deux : un seul est suffisant. 

Son genou sur son cou 8 minutes 46 secondes, en dépit des appels à l’aide et des supplications : voilà comment Derek Chauvin a tué George Floyd, et ce dernier est donc devenu le nouveau symbole des violences policières aux Etats-Unis. Une mise à mort délibérée, et le sourire aux lèvres. D’où la colère, d’où les manifestations, d’où les émeutes… 

Et ce silence, hier, lors d’une cérémonie d’hommage diffusée en direct sur les télés outre-Atlantique. Silence de 8 minutes 46 secondes. Le temps pour un policier blanc d’enlever la vie d’un Noir en lui écrasant le cou avec son genou.

Dans son éloge funèbre, le pasteur Al Sharpton, figure du mouvement de défense des droits civiques, a livré une vision politique de ce genou qui a asphyxié George Floyd. Pour lui, il est l’incarnation de l’oppression que subissent les Afro-Américains depuis l’époque de l’esclavage.

Ce qui est arrivé à Floyd arrive tous les jours dans ce pays, dans les secteurs de l’éducation, des services de santé et dans tous les aspects de la vie américaine. Il est temps pour nous de nous lever en hommage à George et de dire : ‘Enlevez vos genoux de nos cous !’

Quant à Jacob Frey, le maire de Minneapolis, il a fondu en larmes devant le cercueil, après avoir posé un genou à terre, comme tant d’autres l’on fait ces dix derniers jours.

Une posture qui rappelle celle du footballeur américain Colin Kaepernick en 2016. 

Le genou à terre, avant le début d’une rencontre pendant l’hymne américain. 

Je ne peux pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les personnes de couleur 

expliquait-il alors. Un geste qui provoque un scandale national, et lui vaut, quelque temps plus tard, d’être traité de « fils de pute » par le président Donald Trump. Son contrat n’est pas renouvelé, plus aucune équipe ne l’embauche, mais des dizaines de sportifs l’imiteront pourtant par la suite.

C’est ce que font donc aujourd’hui ceux qui manifestent pour dénoncer les discriminations raciales. Des genoux à terre qui répondent au genou qui a tué George Floyd. Position pacifique autant que déférente : quand on s’agenouille, c’est pour prier, ou alors pour faire une demande en mariage. Martin Luther King, lui, c’était pour prier. 1965, à Salma en Alabama : un genou à terre lors d’une marche pour obtenir le droit de vote des Afro-Américains.

Le leader des droits civiques Martin Luther King Jr. et Ralph Abernathy (centre, arrière) s'agenouillent avec un groupe en prière avant d'aller en prison à Selma, en Alabama en 1965
Le leader des droits civiques Martin Luther King Jr. et Ralph Abernathy (centre, arrière) s'agenouillent avec un groupe en prière avant d'aller en prison à Selma, en Alabama en 1965 © Getty / Bettmann

Le genou à terre pour mettre à genoux le racisme. Finalement, ce geste est sans doute aussi puissant que le poing levé. Il rend un hommage aux victimes des brutalités policières, en symbolisant l’asservissement de ces victimes, tout en exprimant le refus d’une riposte dans la violence.

Un genou à terre pour mettre le racisme à genoux
Un genou à terre pour mettre le racisme à genoux © AFP

Un geste qu’on a vu dans des rassemblements à Paris, Madrid, Montréal… Un geste qu’on a vu faire, ça et là, par des footballeurs et même par certains policiers américains. En s’agenouillant, ces-derniers nous ont donné l’impression de vouloir demander pardon.

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