La première s’appelle Corine. Elle a 49 ans. La seconde en a 34 et se prénomme Alexandra. Corine est passionnée de golf. Avec son mari, elle est allée vendredi dernier assister à la Ryder Cup dans les Yvelines. Pendant ce temps-là, Alexandra préparait son procès.

Corine Remande a perdu son œil en assistant à la compétition de golf "Ryder Cup"
Corine Remande a perdu son œil en assistant à la compétition de golf "Ryder Cup" © AFP / JEFF PACHOUD

Alexandra était jugée ce mardi en correctionnelle pour « escroquerie » et « faux témoignage ». Corine et Alexandra ne se connaissent pas. Elles ne se rencontreront sans doute jamais. La seule chose qui les rapproche, c’est d’avoir surgi sous les projecteurs des médias la même semaine. Enfin non, elles ont un autre point commun : si l’on a parlé d’elles, dans les deux cas, c’est pour une histoire de balle.

Corine, la passionnée de golf, assistait donc vendredi à la Ryder Cup. Il était 9H30. Un soleil magnifique auprès du trou numéro 6. C'est là que s'est produit le drame. 

Corine a reçu en plein visage une balle d'un golfeur américain

Une balle du joueur Brooks Koepka. Le public a crié, mais pas Corine, car elle n’a d’abord pas compris ce qui se passait, à peine ressenti la douleur, jusqu’à ce que du sang coule de son œil droit. Le golfeur américain se précipite. Il est confus, s’excuse. On appelle les secours. Corine est évacuée. Scanner à l’hôpital. Fracture de l’orbite. Explosion du globe oculaire. On l’opère, mais les chirurgiens sont pessimistes : Corine ne devrait plus rien voir de cet œil-là. 

Elle annonce alors qu’elle porte plainte contre les organisateurs de la compétition. 

Plainte pour blessures involontaires et manquement aux règles de sécurité

Première plainte du genre dans ce sport, et premier accident d’une telle gravité sur un parcours de golf. Des gens qui se prennent des balles, ça arrive parfois. Mais aucun spectateur ne s’était encore retrouvé à moitié aveugle. Cela dit, dans son malheur, Corine reconnaît que par chance, elle n’a pas reçu la balle dans la tempe. A ce niveau-là, les balles vont en moyenne à 250 km/h… Une balle de golf dans la tempe, Corine aurait pu mourir. 

Alexandra aussi, elle aurait pu mourir. Elle, c'est dans le bras qu'elle a reçu une belle. Pas une balle de golf, mais une balle de kalachnikov. C’était le 13 novembre 2015 à la terrasse du Carillon. Enfin, c’est ce qu’elle prétendait.

Alexandra prétendait être une victime des attentats

Elle disait que deux de ses amis étaient morts à côté d’elle, mais qu’elle-même n’avait donc été touchée qu’au coude. Puis, sur sa cicatrice, elle a fait tatouer la devise de la capitale, Fluctuat nec mergitur, symbole de la résilience parisienne. Dans les journaux, Alexandra a expliqué son tatouage, témoigné de ses angoisses, raconté ses douleurs de victime. Et c’est à ce titre qu’elle a obtenu d’être indemnisée à hauteur de 20.000 euros. Quatre versements, qu’elle a âprement réclamés.

Somme qu’elle doit maintenant rembourser, car Alexandra a menti. Elle l’a reconnu mardi. 

Non, elle n’était pas au Carillon le 13 novembre

Elle devait s’y rendre mais, finalement, elle a passé la soirée en boîte de nuit. Non, elle n'a donc pas reçu de balle de kalachnikov dans le bras. Sa cicatrice au coude, c’était une blessure lors d’un accident de surf. Mensonge, escroquerie. A la barre, elle était en larmes. 

Je suis coupable et je viens demander pardon. 

La procureure a requis une peine de 18 mois de prison. De la prison ferme, à l’instar d’autres « fausses victimes ». Depuis deux ans, quatorze personnes ont été condamnées pour des faits similaires.   

Corine d’un côté, Alexandra de l’autre. Les hasards, les percussions de l’actualité. Vraie victime d’un joueur de golf, fausse victime du terrorisme. 

Une vraie balle, mais une balle de golf, une fausse balle de kalachnikov

Pour Corine, on se dit : pas de bol. Elle a pris la balle dans l’œil. Elle était « au mauvais endroit au mauvais moment ». Mais Alexandra, c’est l’inverse : elle, elle a eu du bol car elle échappé aux balles, et pourtant, par cupidité, bêtise, désespoir, inconscience, besoin de reconnaissance, elle a inventé qu’elle aussi s’était retrouvée « au mauvais endroit au mauvais moment ». 

« La balle et le bol », ça tiendrait presque de la fable : être ou ne pas être à la pire heure au pire endroit. Et l’on repense aux vraies victimes, les vraies victimes des attentats. On aurait tellement aimé que les balles soient des balles de golf…

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