Une femme de formes opulentes, une princesse préhistorique, une déesse de craie sculptée, qui nous a attendu bien longtemps dans un lit de vieux sable et d’argile à Amiens, mais après 23 millénaires nous l’avons réveillée, la Vénus de Renancourt, dont le nom sonne comme une noblesse de Picardie.

La vénus de Renancourt statuette de 23000 ans decouverte à Amiens.
La vénus de Renancourt statuette de 23000 ans decouverte à Amiens. © Maxppp / Le Courrier Picard / Fred Haslin

Elle a été extraite du limon l’été dernier et mercredi cette petite statue du paléolithique a été révélée au monde par l’INRAP, l’institut national de recherches archéologiques préventives, nous y étions, épris déjà...

Quatre centimètres de formes sculptées

Imaginez, une femme réduite à la seule expression d’une sexualité prolifique, à ses seuls organes sexué ou reproducteurs, fesses et seins vulve et ventre grossi, des bras des jambes atrophiées, pas de visage mais cet étrange couvre-chef strié de raies qui servaient peut-être à nos ancêtres à compter la venue des périodes menstruelles, on ne sait pas et c’est merveilleux de ne pas savoir. 

Comme à chaque découverte se mêle la joie d’un nouveau trésor, et la jubilation de voir que ce trésor confirme notre science et nos doutes.

Car notre Vénus n’est pas première femme toute en sein et en ventre à resurgir du passé, elle ressemble à une cousine autrichienne trouvée à Willendorf, en 1908, et dont l’image est devenue dans nos étranges modernités le ralliement des femmes qui veulent affirmer leur droit à la rondeur… 

Pourquoi pas. Mais avant cela, nos statuettes disent le Gravettien, un moment de l’humanité, de 31 000 ans à 22 000 ans avant notre âge, un temps d’accalmie dans les grandes glaciations où Sapiens taillait des silex et sculptait ces femmes dont nous débattons…

Déesses de la fécondité ? Colifichets appelant l’abondance ? Talismans que l’on portait en pendentifs ?  

Portraits de femmes, de femmes mures peut-être, ménopausées, ayant enfanté, ayant offert leur corps à la survie du groupe ? Ou autoportraits de femmes enceintes qui, en ces temps antérieurs au miroir, appréhendaient leurs corps en baissant les yeux sur lui. On ne sait pas le pourquoi de ces 244 Vénus que nous avons ramassées entre Dordogne et Sibérie, mais elles sont une culture et de l’art et tel Clément Paris, archéologue à l’INRAP, maître de fouilles de Renancourt, nous pouvons aussi simplement admirer…

Et nous voilà par la statuette renvoyés au respect pour nos frères d’il y a 23 000 ans, qui dans leur vie de rudes chasseurs cueilleurs prenaient le temps du beau 

Il faut imaginer cette horde de sapiens, qui se posèrent un jour dans ce qui serait pour nous un quartier au Sud d’Amiens et qui était alors une steppe giboyeuse, nous dit Dominique Garcia, président de l’INRAP.

Ils posèrent leur camp nos sœurs et nos frères, ils tuèrent et mangèrent des chevaux, et au bout de quelques semaines s’en allèrent chasser ailleurs, en laissant derrière eux leurs outils les reliefs des repas, des ossements, quelques semaines imaginez sur 23 000 ans…

Après leur départ, le vent a déposé du limon sur leur campement, qui a dormi, 23 000 ans pour que naissent une ville, Amiens, un quartier, Renancourt, où l'on aménage une ZAC, mais avant de construire, on ne sait jamais, on a fouillé le sol, et l’on a compris que Renancourt avait une autre histoire, et au milieu du béton on a préservé une zone de fouilles, cent mètres carrés où les chasseurs s’étaient posés, et depuis cinq ans, l’on a retrouvé leurs armes, des os de jeunes chevaux, et puis des fragments de statuettes, une petite quinzaine de statuettes cassées et l’on s’est demandé si la horde n’avait pas installé en son camp un atelier de statues, un atelier de vénus, et je rêve alors à ces chasseurs qui au retour de la chasse prenaient le temps de créer de la beauté, ils sont les vrais héros de l’histoire, et depuis deux jours, une petite vénus retrouvée intacte me donne l’idée de leurs émotions.

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