Deux jeunes femmes dont on aurait aimé qu'elles ne deviennent jamais célèbres, en tout cas pas de cette manière-là, surtout pas de cette manière-là.

Aux obsèques de Mauranne, assassinée avec sa cousine Laura à Marseille
Aux obsèques de Mauranne, assassinée avec sa cousine Laura à Marseille © Maxppp / MERCIER Serge

Mauranne et Laura sont donc mortes dimanche sur le parvis de la gare de Marseille. Il était 13h45, un homme les a poignardées.

« Un fou de Dieu », selon certains... Mais d'autres disent « un fou » tout court, car aucun Dieu, aucun, ne préconise d'attaquer au couteau des cousines discutant sur le parvis d'une gare. Il n'y a que les hommes pour inventer un truc pareil.

De lui, de toute façon, je ne dirai rien de plus. Il ne m'intéresse pas, du moins pas ce matin. C'est d'elles qu'il faut parler... Sur lui, on reviendra des semaines durant, mais on passe toujours trop vite sur la vie des victimes. Une fois que se tasse l’émotion, on a parfois tendance à ne plus y penser. Il faut donc dire et redire qui elles étaient, et tant pis si les résumés sont nécessairement parcellaires.

Laura avait vingt-et-un ans...

Elle était très jolie, souriante, généreuse, et elle venait d'entrer en deuxième année d'école d'infirmière. Elle avait aussi travaillé chez McDo, elle était cheftaine chez les Scouts, elle aimait les enfants, elle adorait Mauranne, détestait la brutalité. Il y a quelques mois, elle avait posté cette phrase sur Facebook : « Je dis non aux violences contre les femmes et les filles. »

Mauranne avait vingt ans

Elle était très jolie, gentille, pétillante, et elle venait d'entrer en troisième année de médecine Elle avait aussi suivi des cours de théâtre, elle adorait les animaux, elle adorait Laura, et elle avait un caractère résolument optimiste. Il y a quelques mois, elle avait posté cette phrase sur Facebook : « Je crois encore aux fins heureuses. »

Mauranne et Laura avaient la vie devant elles, et, bien sûr, leur mort est injuste, insupportable, intolérable, ainsi que le sont toutes les morts provoquées par le terrorisme... Instinctivement, on est tenté de couvrir d'injures les coupables : ce sont des pauvres types, des barbares, des connards, des crevures...

Pourtant hier, lors des obsèques des deux jeunes cousines, ce sont des mots bien différents que l'on a entendus. Les mots de l'amoureux de Laura : il a dit qu'elle rendait le monde « plus simple et plus facile à vivre »... Les mots de l'amoureux de Mauranne : il a dit qu'elle était son cœur, qu'elle était sa lumière... Quant à la maman de Mauranne, elle a murmuré cet appel :

Puisons dans toute notre colère pour apporter un message d'amour et de paix à ce monde qui en a tant besoin.

Des mots qui rappellent ceux d'Antoine Leiris :

«Vous n'aurez pas ma haine, vous ne la méritez pas, et nous serons heureux, mon fils et moi

Avait-il écrit suite au massacre du Bataclan, massacre dans lequel sa femme Hélène venait de mourir... Lui également, c'est donc d'amour qu'il voulait parler. Son amour pour Hélène, son amour pour leur fils... Un amour plus fort que la haine.

Et l'on se dit alors, en pensant à Antoine et en pensant aux mots de la mère de Mauranne, que, bizarrement, chaque attentat nous montre à la fois le pire… et le meilleur de l'Humanité.

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