C'est le combat d'un quadragénaire du Tarn : Thomas Brail, grimpeur-arboriste. Amoureux de la nature, il lutte contre différents projets d'abattage d'arbres centenaires. Pour se faire entendre, il s'est installé le 28 août dans un platane, face au ministère de la Transition écologique.

L'écologiste Thomas Brail en août 2019 devant le Ministère de la Transition écologique à Paris.
L'écologiste Thomas Brail en août 2019 devant le Ministère de la Transition écologique à Paris. © AFP / Martin Bureau

Il habite au pied de la montagne noire, à côté de la forêt, non loin de Mazamet. Une vie de famille au grand air… Dehors : des poules et des moutons pour tondre l’herbe. « Les moutons, c’est très écolo », s’amuse Thomas Brail, qui touche vraiment sa bille en matière d’espaces verts. Pendant longtemps, il était jardinier municipal, avant de passer le concours de grimpeur-arboriste à l’approche de la quarantaine.

Son métier, sa passion : entretenir les arbres

S’assurer qu’ils poussent bien, s'assurer qu'ils vont bien, les tailler en respectant leur morphologie et, surtout, en veillant à ce qu’ils ne souffrent pas des coups de sécateur ou de scie… Thomas Brail assure qu’il est « amoureux » des arbres. Il donne même des conférences pour apprendre à mieux les connaître. 

Au public, Il rappelle alors quelques évidences : les arbres sont notre oxygène, ils aspirent la pollution et restent nos meilleurs alliés face au réchauffement climatique. Dès lors, ça le met en colère quand des communes les coupent, au motif de travaux d'aménagement en tout genre, et parfois au mépris des règles environnementales. C’est « notre patrimoine végétal qu’on assassine », estime le grimpeur-arboriste qui a décidé de passer à l’action. 

Désormais, pour se faire entendre, Thomas Brail prend de la hauteur. Au sens propre du terme.

Le 28 août, à 6 heures du matin, il s'est installé dans un platane à Paris

Cela fait donc maintenant neuf jours et neuf nuits que Thomas Brail est perché sur le boulevard Saint-Germain, en face du ministère de la Transition écologique. A 45 ans, il n’en est pas à son coup d’essai. Au printemps, c’est déjà en grimpant dans un arbre qu’à Mazamet, il a permis de sauver de l’abattage sept platanes vieux de 200 ans. Il en a également sauvé une vingtaine aux abords de Moissac et, désormais, c’est pour sauver vingt-cinq platanes de Condom, dans le Gers, que le Tarnais mène bataille. 

Début août, il est resté deux semaines dans l’un d’eux, exigeant de rencontrer le maire qu’il accuse de ne pas respecter le Code de l’Environnement, dont l’un des articles, l'article L 350-3, interdit l’abattage de tout alignement d’arbres, dès lors qu’ils sont en bonne santé et ne présentent pas de danger. C’est parce que le maire a refusé de le recevoir que Thomas Brail a décidé de venir à Paris, afin d’en appeler, cette fois, à Elisabeth Borne. Il s’est donc installé face à son ministère, et déclare qu’il ne descendra du platane qu’une fois qu’il aura l’assurance de l’abandon du projet ! 

Les pompiers ont tenté de le déloger

Ils ont déployé leur nacelle mais le grimpeur-arboriste est agile. Il s’est mis de l’autre côté. Et puis il les a rassurés : il est bien accroché, grâce à un système de cordage. Ce que j’ai moi-même constaté, hier, en lui rendant visite. J’ai vu son installation : comme une tente au milieu des feuilles, avec un hamac pour dormir ; il a emporté son duvet. 

Certains passants s’arrêtent, beaucoup ne le voient pas, malgré les panneaux, accrochés face au tronc, qui expliquent son action. Des habitants du quartier, sensibles à son combat, viennent le ravitailler ; la brasserie d’à-côté, la vendeuse de l’épicerie bio… Petit-déjeuner à 6 heures, repas chaud à midi, dîner vers 18 heures ; des légumes, des fruits, ou des conserves de maquereaux à la moutarde. On lui hisse la nourriture dans un sac. Pour la toilette, c’est au gant avec une bouteille d’eau. Pour ses besoins, il se débrouille… 

Thomas Brail vu depuis la rue
Thomas Brail vu depuis la rue © Radio France / Frédéric Pommier

Une voisine s’occupe de son linge et recharge les batteries de son téléphone

Son portable, il l’utilise du matin au soir, afin de répondre aux interviews, poster des vidéos sur les réseaux sociaux, et bosser sur d’autres dossiers, d’autres arbres à sauver au six coins de l’Hexagone.

Il précise que le plus dur, c’est sans doute le bruit de la circulation ; ça roule en permanence sur le boulevard Saint-Germain. Thomas Brail doit porter un casque de chantier. Pas toujours facile non plus de supporter l’éloignement avec sa famille. Dimanche dernier, son fils a fêté ses deux ans. Il n’était pas là pour le voir souffler ses bougies. Mais c’est aussi pour lui qu’il agit aujourd’hui. Il refuse que son fils lui reproche plus tard de ne pas s'être occupé de ces êtres vivants.

Papa, pourquoi n’as-tu rien fait pour protéger les arbres ?

Du haut de son platane, en défiant la ministre, procédé inédit en France, Thomas Brail entend donc alerter l’opinion publique. 

Ce n'est pas illuminé : c'est un lanceur d'alerte

Il entend nous rappeler que les arbres ne sont pas du mobilier urbain, et qu’on ne les remplace pas comme on remplace un banc. On ne cesse de nous inciter à agir pour l’environnement. Lui, il le fait vraiment, mais refuse pourtant l’étiquette de « militant écologiste ». Il est seulement, dit-il, « un père de famille citoyen du monde »

Il assure que dans son arbre, il se sent bien, qu'il se sent protégé. Même si, le soir venu, il a parfois du mal à trouver le sommeil. L'effet, peut-être, de l'immensité de la tâche qu'il s'est assignée. Souvent, la nuit, Thomas Brail écoute The Doors. Il promet de rester là aussi longtemps qu'il le faudra.

Une photo des panneaux d’explication installés en face du platane où Thomas Brail est installé.
Une photo des panneaux d’explication installés en face du platane où Thomas Brail est installé. © Radio France / Frédéric Pommier
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