Frédéric Pommier revient sur la carrière d'une sportive d'exception, sacrée meilleure footballeuse de l'année cette semaine, à l'occasion d'une cérémonie au Grand Palais à Paris. Ada Hegerberg, attaquante de l'Olympique Lyonnais, a reçu le premier "Ballon d'Or féminin". Une soirée entachée par une remarque sexiste...

Ada Hegerberg
Ada Hegerberg © Getty / Aurelien Meunier

Elle a 23 ans, elle s’appelle Ada Hegerberg et elle est norvégienne. Une enfance joyeuse au nord-ouest d’Oslo entre les montagnes, les lacs… et le terrain de foot de la ville. 

On a le football dans les gènes, chez les Hegerberg.

Le père d’Ada, a joué dans une équipe de deuxième division. La mère d’Ada, a joué en première division… Et ils ont biberonné leurs trois enfants au ballon rond… Silas, le frère d’Ada, et Andrine, la sœur d’Ada – oui, ça fait beaucoup de "dada", mais c’est bien de foot qu’il est question – Silas, donc, et Andrine, chaussent les crampons dès le plus jeune âge… Comme Ada qui, à 14 ans, évolue déjà dans une équipe professionnelle. 

Elle se fait notamment remarquer lors d’un match de championnat, en marquant 5 buts en 35 minutes. Et quelques mois plus tard, elle est recrutée par le club allemand de Potsdam qui, dans le même temps, recrute également sa sœur. Puis Andrine, moins grande mais aussi blonde qu’Ada, s’en va jouer en Suède, puis en Angleterre, puis au PSG, tandis qu’Ada se fait débaucher par l’Olympique lyonnais, dont elle devient très rapidement l’attaquante vedette… 

Ada enchaîne les victoires comme les DJ enchaînent les disques sur leur platine.

Depuis 2014 : plus de 180 buts en 150 matchs et un palmarès d’exception : trois Coupes de France, quatre championnats de France, trois Ligues des Champions. Et elle aujourd’hui la joueuse la mieux payée au monde : environ 450.000 euros par an… 

Dans les interviews, Ada Hegerberg confie qu’elle a toujours envie de se surpasser, mais que ça lui demande énormément de travail… Elle assure qu’elle est heureuse dans son métier, et heureuse d’avoir, grâce au foot, appris l’allemand et le français. Heureuse aussi d’avoir vu le jour en Norvège. 

C’est un beau pays. Là-bas, il existe une réelle égalité entre hommes et femmes. 

Cela étant, elle estime qu’il reste encore beaucoup à faire, là-bas comme partout ailleurs, pour que les footballeuses soient considérées avec autant d’égards que les footballeurs. Mais quand même, on progresse ! 

Pour la première fois depuis 1956, on a décerné un « Ballon d’or » féminin !

Jusque-là, on ne récompensait que les hommes… La remise des trophées, c’était lundi dernier, sous la verrière du grand Palais à Paris. Tous les médias en ont parlé, et tous ont applaudi le sacre d'Ada Hegerberg.

« Jeunes filles, croyez en vous ! 

Voilà le message qu'a lancé la jeune femme en recevant son trophée. Mais, comme vous le savez sans doute, le gala a été marqué par quelques secondes de malaise, quand le DJ Martin Solveig, présent sur scène à moment-là, a posé une étrange question à la footballeuse.

Ada, tu sais twerker ?

Elle venait de remporter la plus haute distinction à laquelle elle pouvait prétendre, résultat de dix ans de travail, et là, donc, on lui demande si elle sait tortiller le popotin ! Parce que, pour ceux qui ne connaissent pas, le twerk, c'est une danse aux déhanchés très explicites, une danse où l'on remue le fessier de façon provocante… La remarque a presque fait passer au second plan la récompense d'Ada. Tollé sur les réseaux sociaux. Tollé sur les sites des journaux.

On hurle au machisme, on dénonce la misogynie du DJ. 

Martin Solveig présente ses excuses, évoque « une blague maladroite », mais c’est trop tard, le mal est fait…

Sur Instagram, le tennisman Andy Murray se dit horrifié.

Pourquoi une femme doit-elle encore subir une telle connerie ?

Sur Twitter, c’est l’acteur Hugh Grant qui publie une photo de Pierre et Marie Curie, surmonté de cette légende : « Marie, tu sais twerker ? » Sachant qu’Ada Hegerberg a également eu droit à une autre étrange question.

Il n’est pas trop lourd, le trophée ?

Dans le genre, on aurait pu aussi lui demander par exemple sa recette de l’omelette norvégienne – l’omelette norvégienne d’Ada, ses secrets de beauté – les secrets de beauté d’Ada, ou bien encore sa marque de sous-vêtements préférée ! 

Mais ici, finalement, le plus important, c’est sans doute l’émoi provoqué par la remarque du DJ… 

Il y a quinze ans, il y a dix ans, la question sur le twerk aurait peut-être laissé tout le monde indifférent…

Peut-être même qu’Ada Hegerberg se serait sentie obligée de twerker. Alors que là, elle a dit « non », et elle a tourné les talons.

Il s’est ainsi passé deux choses lundi soir au Grand Palais. D’abord, évidemment, la célébration d’une championne : Ada, la meilleure footballeuse de l’année. Ensuite, autre événement : les mentalités changent. 

Désormais, les propos sexistes ne sont plus tolérés… Ceux qui les tiennent passent pour des tocards, des ringards… En tout cas, lors des soirées télévisées. Et, là encore, même si c’est, cette fois, bien malgré elle, c’est une victoire d'Ada. 

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