On parle d’un virus, qui est un sacré coco, puisqu’il a réussi à se frayer un chemin vers la notoriété en pleine crise du coronavirus chinois. Mardi soir, le 20 heures de TF1, premier journal de France, saluait à juste titre cet exploit…

Un virus s'en prend aux tomates : ToBRFV
Un virus s'en prend aux tomates : ToBRFV © Getty / Frank Bienewald/LightRocket

Et non, il n’est pas dangereux pour nous les hommes, mais oui, il peut faire des dégâts, le Tomato Brown Rugose Fruit Virus ou ToBRFV, Virus du fruit brun rugueux de la tomate (et aussi du poivron, du piment, et aussi des aubergines, et des pétunias), un méchant virus qui n’est pas encore chez nous, mais qui est à nos portes, tel le loup dans la chanson de Reggiani, il est en Allemagne, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Angleterre et puis plus loin en Grèce, en Turquie et puis en Chine, au Mexique, aux États-Unis, et en Jordanie et en Israel où il est apparu on ne sait comment il y a six ans.

Un virus mutant...

Un virus né du tohu-bohu, un virus de la terre sainte, un virus de l’apocalypse qui flétrit les feuilles, marbre les fruits de taches jaunes, calcifie leur peau et les nécrose jusqu’à les rendre impossible à consommer… Un virus surtout d’une solidité démoniaque, et qui se transmet avec une facilité terrifiante…  Philippe Reignault, directeur de la santé médicale à l’ANSES…   SON 2   

Peut-on perdre son jardin, peut-on sans le savoir le condamner ? Oui et encore oui puisqu’il suffit d’un contact fortuit de fruit infecté à fruit sain, puisqu’il suffit qu’un insecte pollinisateur, un oiseau, ou vous, ou moi touchions un fruit malade, pour devenir par nos ailes, par nos mains, par nos outils, même un couteau, un sécateur, nos vêtements, des porteurs sains de la pandémie ! 

Et c’est le pire, il n’est pas à ce jour de vaccin ou de sérum qui contraindrait le To BRFV, que seul le vide et le feu semble vaincre. Une plantation, un jardin touché doit être arraché, complètement arraché et puis brûlé, et abandonné  jusqu'à ce que le sol ait été décontaminé… Ainsi traite-t-on les tomates malades, tuées, brulées, annihilées, tels les bovins touchés par l’encéphalite spongiforme, éradiqués tels les canards sous la peste aviaire, retirées du monde, tels les cadavres des humains jadis que la peste attrapait… 

Et je n’avais jamais pensé avant ce virus qu’un fruit rond, rouge, gentil pourrait partager le sort des maudits du règne animal… 

Et l’innocence des enfants désormais me tord le cœur. Peppa Pig ne peut pas les deviner. Mais ce n’est pas la première fois que la tomate est révélée comme notre sœur végétale, bien plus qu’un fruit, un autre nous-même qui raconte notre destin. 

Enquêter sur la tomate

Il y a trois ans, un journaliste français, Jean-Baptiste Malet, publiait un livre d’enquête L'Empire de l'or rouge : enquête mondiale sur la tomate d'industrie (Ed. Fayard), couronné du prix Albert-Londres, et enchainait d’un documentaire (L'Empire de l'Or rouge, 2018) consacré à la tomate, pas la tomate banale et juteuse de nos tables mais une autre tomate que la génétique a forgée et que l’on produit pour fabriquer des conserves des sauces des coulis de pizza du ketchup…

Ce concentré, Jean-Baptiste Malet l’avait appelé "l’or rouge", et l’histoire qu’il racontait était celle de notre globalisation : on y voyait la société Heinz, l’empereur du Ketchup inaugurant la génétique pour transformer la tomate aux intérêts de ses sauces et imposant une norme mondiale, et se célébrant en octobre 1924 en organisant à sa gloire à la même heure plus de 60 banquets identiques dans le monde entier, le président d’alors des États-Unis, M. Coolidge, avait honoré l’opération d’un discours… 

On y voyait aujourd’hui où des empires de la sauce tomate italienne donnaient la main à l’armée chinoise dont la branche industrielle recouvrait de plantations de tomates et d’usines, un territoire conquis en 1949, le Xinjiang, dont la population d’origine, les Ouïghours musulmans devenaient étrangers, persécutés chez eux et assignés notamment à la gloire du fruit maléfique. On y voyait un général chinois rachetant une conserverie du Vaucluse. On y voyait des enfants exploités dans des plantations aux pesticides, des produits frelatés refourgués à l'Afrique…

Et la tomate, allez revoir le film ou lire le livre, était au cœur, mieux encore semblait avoir inventé l’enfer d’un certain capitalisme… Faut-il alors vraiment mes amis s'esbaudir d’un virus.

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