Dans « Le Quart d’Heure de Célébrité », Frédéric Pommier nous dresse le portrait d’un homme qui a beaucoup fait parler de lui à l’US Open de Flushing-Meadows. Il ne s'agit pas d'un joueur, mais d'un arbitre ; Mohamed Layhani, dont le comportement lors d'un match a déclenché une vive polémique.

Mohamed Lahyani
Mohamed Lahyani © Getty / Naomi Baker

J’avoue qu’il y a encore huit jours, j’ignorais l’existence de ce monsieur. Pourtant, c’est, paraît-il, « une figure » dans le milieu. Cela fait vingt ans que l’on croise voit son visage sur les tournois du grand Chelem. Il a arbitré des finales et serait l’un des meilleurs de sa catégorie. 

L'un des dix meilleurs arbitres de tennis du monde

C’est ce qu’affirment les spécialistes. C’est aussi ce que pensent les joueurs. Et tous s’accordent sur le fait que ce quinquagénaire est un homme super gentil. Brun, la peau mate et les dents étincelantes – il sourit en permanence –, on le dit affable, bienveillant, blagueur. Lors des matchs, il fait de grands gestes, des clins d’œil aux ramasseurs de balle et, très souvent, il lève le pouce pour saluer les décisions des juges de ligne !

Lui aussi, c’est comme juge de ligne qu’il a débuté. Il faisait cela pendant ses vacances et, le reste du temps, il s’occupait d’un club de gym dans une ville au nord de Stockholm. Ah oui, il est Suédois – je ne l’ai pas précisé. Mohamed Layhani est né au Maroc, mais ses parents ont émigré en Suède quand il était bébé. Aujourd’hui, il vit en Espagne avec femme et enfants. Il parle l’espagnol, l’anglais, l’arabe, le suédois et il adore tchatcher avec les tennismen. Super gentil, disions-nous. Et très endurant, de surcroît. C’est lui qui, en 2010 à Wimbledon, a arbitré une rencontre devenue célèbre.

La rencontre la plus longue de tous les temps

Elle opposait le Français Nicolas Mahut à l’Américain John Isner. Et c’est l’Américain qui l’avait emporté. Plus de 11 heures de jeu et, pour l’arbitre, 11 heures à rester assis sur sa chaise ! Ce jour-là, comme les joueurs, Mohamed Layhani est entré dans l’histoire. Mais à l’US Open, c’est pour être descendu de sa chaise qu’il a, cette fois, fait les gros titres des journaux.

Alors donc : que s’est-il passé ? Résumé de la situation. Deuxième tour de l’US Open : le Français Pierre-Hugues Herbert mène un set et trois jeux à rien dans le deuxième face à l’Australien Nick Kyrgios. Kyrgios laisse filer la partie. Il n’a pas l’air en forme, ne se bat pas, ne court pas, donne des points à son adversaire, genre « vivement que ça se termine et que je rentre chez moi », jusqu’à ce que l’arbitre, notre Mohamed Layhani, ne profite d’un changement de côté pour descendre l’encourager. En substance, il lui dit alors : 

J’ai envie de t’aider ! Je sais que tu vaux mieux que ça ! Nick, tu es un joueur de tennis formidable !

Il lui parle 45 secondes puis remonte sur sa chaise et l’Australien retrouve d’emblée son niveau de jeu. Kyrgios aligne les points et, finalement, remporte le match.

Scandale planétaire

Dans le monde du tennis, sur les réseaux sociaux, à la télé, à la radio, la séquence fait polémique. Depuis quand les arbitres se transforment-t-ils en coaches ? C’est une faute professionnelle ! Herbert, le perdant, réclame une sanction. Mais les organisateurs du tournoi soutiennent Layhani : s’il est descendu de sa chaise, ce serait uniquement pour demander à Kyrgios s’il avait besoin d’un médecin. Mensonge, gros mensonge ; tout le monde a bien entendu ce qu’il disait.

Et c’est vrai que c’est troublant. 

Normalement, les arbitres doivent rester impartiaux

Ils sont comme les juges. Ou comme les journalistes. Tenez, imaginons un débat animé par Nicolas Demorand. Un débat entre les rappeurs Kaaris et Booba… Non. Plutôt Benoît Hamon et Nadine Morano. Et tout d’un coup, pendant la pub, Nicolas se penche vers Nadine et murmure : « Moi, je suis avec vous ! Vous dîtes n’importe quoi depuis vingt minutes, mais vous valez mieux que ça ! » Et, juste après la pub, elle se met à citer Kierkegaard et Platon ! Ça nous ferait drôle, quand même… 

Et là, c’est la deuxième bizarrerie de l’histoire : l’effet immédiat produit par les encouragements de l’arbitre. Il dit au joueur de se réveiller et paf, le joueur saute illico sur toutes les balles ! Mais prenons-le comme entraîneur des équipes de France de tennis ! Pour la Fed Cup, la Coupe Davis ! Et offrons-lui en prime un poste de conseiller ministériel – il ferait du speed coaching : « Allez, François, sois vert ! Allez Françoise, je veux t’aider ! T’es quelqu’un de formidable pour la politique ! » 

Il faudrait qu’il écrive un bouquin, Mohamed Layhani.

« Mes conseils pour retrouver la pêche en 45 secondes »

Sachant que lors du match, en réalité, personne ne sait ce qui lui est passé par la tête. Si ça se trouve, il en avait marre de voir un aussi mauvais match. Si ça se trouve, il était vraiment inquiet pour l’Australien. Si ça se trouve, il est simplement descendu de sa chaise pour être gentil… 

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