Frédéric Pommier revient sur la mésaventure d’un couple de retraités bretons, débarqués du voyage en Méditerranée qu’on leur avait offert pour leurs noces d’or.

Ils s’appellent Jean et Marie Mérel. Ils habitent à côté de Paimpol. Trois enfants, six petits-enfants. Jean a 78 ans, Marie 81, et ils ont beaucoup voyagé : la Louisiane, le Vietnam, le Canada, la Chine. Jean dirigeait une agence du Crédit Agricole. Il aime le jardinage et la reliure de livres anciens. Marie était institutrice. Elle, sa passion, c’est la musique. Elle a pendant longtemps chanté dans une chorale : du Haendel, du Brassens ou Le Temps des Cerises qu’elle continue de fredonner. Elle a par ailleurs animé des ateliers mémoire pour les personnes âgées. Et puis, il y a quelques années, c’est elle qui s’est mise à la perdre. 

Diagnostic des médecins : maladie d’Alzheimer

Terrible maladie, épuisante pour les proches, mais Jean n’a pas baissé les bras. Il emmène encore Marie au cinéma comme aux concerts, et il a organisé une grande fête pour leurs 50 ans de mariage ! En cadeau, on leur a offert une croisière de rêve en Méditerranée. Ils sont partis le mois dernier avec des amis. Un embarquement à Venise, direction la Grèce et l’île de Santorin qu’ils rêvaient de découvrir ! Mais le voyage a pris fin beaucoup plus tôt que prévu. 

Dès la première étape, à Brindisi dans les Pouilles, nos retraités bretons ont donc dû débarquer. Et tout cela parce que Jean était allé solliciter un petit coup de main à l’accueil. Constatant que les cabines ne se verrouillaient pas de l’intérieur, et craignant que Marie ne sorte en pleine nuit, il avait demandé deux choses au personnel. Primo, un moyen de fermer leur chambre à clé. Deuxio, un badge pour Marie, avec son nom si elle se perd. 

Branle-bas de combat sur le paquebot. Marie est Alzheimer ? Personne n’a été prévenu ! Jean n’a pas rempli le formulaire adéquat ! On appelle le médecin qui, sans même ausculter Marie, décrète que le voyage est trop risqué pour elle ! On appelle le manager, le commandant. Marie est Alzheimer ? 

Et si elle tombe par-dessus-bord ?

Jean tente de rassurer tout le monde. L’équipage ne veut rien entendre. On lui propose alors de poursuivre la croisière tout seul. « Et ma femme, vous en faites quoi ? » Ben on la met à l’hôpital ! Bien évidemment, il refuse, comme il refuse aussi de remplir la décharge qu’on veut lui faire signer, une décharge indiquant qu’il débarque de son plein gré, pour raisons personnelles. Or non, c’est contraints et forcés que Jean et Marie doivent quitter le bateau, livrés à eux-mêmes au sud de l’Italie. A distance, leurs enfants organisent leur rapatriement : un vol pour Genève, puis un autre pour Nantes avant de retrouver la Bretagne. Jean ne décolère pas. « On nous a expulsés simplement parce que Marie est handicapée ! C’est dégueulasse », dit-t-il. 

Sentiment d’injustice, de discrimination

Voilà comment on traite les malades d’Alzheimer ! Il a rendez-vous aujourd’hui avec un avocat pour voir s’il y a matière à déposer plainte.

Du côté de la compagnie MSC Croisières, on récuse tout manquement, mais suite aux reportages consacrés à l’affaire, le directeur est venu en personne rencontrer Jean à Paimpol. Finalement, on va prendre en charge les frais de leur retour, et leur rembourser la croisière, et même leur en offrir une autre, n’importe où, quand ils veulent ! 

Mais Jean n’est pas certain de vouloir repartir en paquebot, car cette mésaventure l’a écœuré. La seule chose qui le soulage, c’est que Marie ne s’est pas vraiment rendue compte de ce qui se passait. Elle a juste dit : « C’est une histoire de fous ! » Et après, elle a oublié… 

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