Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989, il y a exactement 30 ans. Frédéric Pommier en avait 14 à l'époque. Il nous raconte, il se souvient...

Des enfants passent, sur le chemin de l'école, devant le mur de Berlin effondré quelques jours plus tôt (photo prise le 14 novembre 1989)
Des enfants passent, sur le chemin de l'école, devant le mur de Berlin effondré quelques jours plus tôt (photo prise le 14 novembre 1989) © Getty / Stephen Jaffe

J'aurais pu vous parler ce matin des 84 ans d'Alain Delon... Ou bien des trois ans de l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. Mais ces anniversaires sont des micro-événements comparés à celui dont on s’apprête à commémorer les 30 ans. Cet anniversaire-là sera officiellement célébré demain. Cela étant, il en a été question toute la semaine dans les médias, sur notre antenne notamment. Les 30 de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Tous ceux qui étaient nés, et étaient alors en âge de se souvenir, gardent, je pense, des images de cet événement qui marqua la fin du rideau de fer. Certains, même, doivent se rappeler ce qu'ils faisaient lorsqu'ils ont eu connaissance des faits. Bouleversement mondial. Sidération planétaire.

Moi, j'avais 14 ans, et je n'ai pas oublié les images sur les télés : la liesse, les sourires, les larmes, la joie des Allemands de l’Est et celle de leurs voisins de l’Ouest, les émissions spéciales et Bach au violoncelle par Rostropovitch. J’étais allé à Berlin l’année précédente, avec la famille de mon correspondant. Ils habitaient à Quakenbrück, en Basse-Saxe, et m’avaient prévenu : 

Tu vas voir, à l’Est, c’est très bizarre… 

Il pleuvait des cordes, on avait voyagé en car et la zone de la frontière m’avait beaucoup impressionné. Des uniformes, des miradors et, ensuite, dans mon souvenir, de larges avenues quasi vides, sinistres. Bon, la pluie, ça n’arrangeait rien… Je me souviens aussi des Trabant, et puis de mon correspondant qui, pour rire, m’avait fait croire qu’il y avait un problème avec ma carte d’identité et que, sans doute, je ne pourrai jamais revenir côté Ouest. Ça ne m’avait pas fait rire du tout. 

Il s’appelait Daniel et faisait environ six têtes de plus que moi… Un géant, le garçon. Avec une chambre immense, remplie de maquettes d’avions militaires. Il voulait devenir pilote. Dans l’armée anglaise. 

Sa mère était adorable : mince, blonde, avec un Yorkshire, et elle était coiffée comme lui - je veux dire, coiffée comme le chien… Elle me disait que j’étais mignon, parce que j’étais "de taille normale"… C’est à elle également que je pense quand j’entends parler du mur. Elle m’a fait découvrir le pain noir et la bière - ma première gorgée de bière… D’ailleurs, ma première cuite, une cuite à la bière, c’était dans une boite de nuit de Quakenbrück. Et il s’agissait de ma première sortie en boîte de nuit.  

Je me souviens de Renate, une amie de Daniel. Seize ans, les cheveux rouges, la bouche délicieuse… Elle était très entreprenante et, j’avoue, je ne comprenais pas bien ce qu’elle cherchait à faire avec ses mains. Je pense à Renate lorsque j’entends parler du mur.

Et à ma prof d’allemand bien sûr. Madame Lebars, je l'aimais bien, elle était chouette. Mais moins drôle que Madame Bernard, notre prof de musique qui nous avait appris "Les Démons de Minuit". 

Je me souviens de mes camarades ; copains, copines du collège… L’une est morte il n’y a pas longtemps. Ça m’a rendu affreusement triste. 

Je me souviens du voyage scolaire en Angleterre. La même année, j’avais 13 ans… La traversée sur le bateau, et la fille de la boulangère amoureuse de Florent Pagny. Je me souviens, je lui avais dit : « Plus tard, je te le présenterai ! » Elle, je ne l’ai jamais revue… Lui, je ne l’ai jamais rencontré.

Je me souviens des réfugiés chiliens qui, souvent, venaient déjeuner à la maison. Les chemins de la mémoire sont étranges. Ils nous font faire des arabesques. 

Epoque identique et là, tout se mélange. L’évocation du mur me renvoie à la dictature de Pinochet. 

Quand on les commémore, les événements historiques nous ramènent à nos propres vies. Des détails minuscules qui, parfois, n’ont plus rien à voir avec les récits attendus. En l'occurrence, des récits sur la réunification d'un pays et d'un peuple

Je me souviens que dans le car, en quittant Berlin Est, la mère de Daniel m’avait parlé d’une chanteuse française qu’elle aimait bien… Elle l’avait vue sur une chaîne de télé allemande où elle avait dit sa tendresse pour l'Afrique et chanté les pieds nus. Aujourd’hui, quand j’entends parler des 30 ans de la chute du mur de Berlin, je ne peux m’empêcher de penser à France Gall.  

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