On en parle souvent ces temps-ci alors que le centre de la capitale a les pieds dans l'eau. Mais Frédéric Pommier s’interroge : le Zouave du pont de l'Alma ne serait-il pas un imposteur !? Il revient sur l'histoire d'un monument cher aux Parisiens…

e Zouave du pont de l'Alma, étalon historique des crues de la Seine pour les Parisiens
e Zouave du pont de l'Alma, étalon historique des crues de la Seine pour les Parisiens © Getty / De Agostini Picture Library

Il s’appelle André-Louis Gody, et on parle énormément de lui en ce moment. Oui : André-Louis Gody. Et si ce nom ne vous dit rien, c’est parce que dans les médias, on le désigne autrement…

Honnêtement, je ne crois pas qu’en France, un autre homme soit ausculté de cette façon-là. Chaque fois que la Seine monte, on lui regarde les pieds, les chevilles, les genoux. On lui regarde les cuisses et même l’entre-jambe… Moi, au bout d’un moment, je commencerais vraiment à en avoir plein le dos. Mais lui, il ne dit rien. Il ne se plaint jamais, même quand il est trempé !

En même temps, il ne peut rien dire puisqu’il s’agit donc d’une statue : « le Zouave du pont d’Alma » qui, pour les titis parisiens, serait l’indicateur le plus fiable du niveau de la Seine. Un colosse de 5 mètres 20, le regard droit vers l’horizon, la main gauche posée sur la hanche et la droite qui tient un fusil…  

Une statue pour commémorer une victoire de la guerre de Crimée

Septembre 1854 : la bataille de l’Alma – Alma, c’est un petit fleuve – première des grandes batailles de la guerre de Crimée… Et les Russes sont battus par l’improbable alliance que forment les Français, les Anglais et les Turcs… La victoire est belle et, pour la célébrer, Napoléon III décide de faire construire un pont, orné de quatre statues pour rendre hommage aux corps d’armée qui ont pris part aux combats : un grenadier, un artilleur, un chasseur à pieds et puis, donc, un beau Zouave, nom donné aux soldats des régiments d’Afrique du Nord, lesquels jouèrent un rôle décisif dans les dernières heures de la bataille de l’Alma…

Pour le Zouave, c’est l’empereur lui-même qui aurait choisi l’homme qui va servir de modèle au sculpteur : André-Louis Gody, originaire de Gravelines dans le Nord… Une jolie gueule, une jolie barbe et il est magnifique avec sa culotte bouffante. Salaire : un Napoléon d’or pour chaque journée de pose… Trésor que, paraît-il, André-Louis dilapidera dans des tavernes et des bordels – eh ben oui, c’était un soldat !

120 ans plus tard, dans les années 1970, quand on a remplacé le vieux pont par un autre, plus large, en acier, on a viré ses trois copains : aujourd’hui, la statue du grenadier est à Dijon, celle de l’artilleur est dans l’Aisne et celle du chasseur à pied au bord de l’autoroute A4… On pense fort à lui.

Quant au Zouave, il est donc devenu la vigie des crues de Paris. Il a son compte Twitter, un compte parodique, et c’est lui que l’on vient filmer chaque fois que monte le fleuve. On le voit dans les journaux, à la télévision… On envoie des reporters sur place : on mesure, on confronte. Il a de l’eau jusqu’ici… et lors de la grande crue de 1910, il en avait jusqu’au menton... Mais là, franchement, on n'est pas très loin de l'imposture !

Le Zouave comme étalon des crues de la Seine : une imposture ?

Pourquoi donc dis-je "imposture" ? Eh bien parce que lorsqu’on a reconstruit le pont, le Zouave a été déplacé. D'abord, on l'a changé de côté, et puis – après enquête, « il est plus haut », assurent certains. « Ah non, il est plus bas » certifient d’autres – après enquête là encore. Mais tous s’accordent pour dire qu’il ne peut plus servir comme étalon de comparaison pour des crues antérieures aux années 1970...

Et puis il y a une autre imposture – biographique, celle-là : certes, André-Louis Gody a bien appartenu aux Zouaves, mais il n’a jamais mis un orteil en Crimée… A l’époque, il était en Afrique, et il n’a donc pas combattu lors de la bataille de l’Alma ! Il y en a même qui disent que ce n’est même pas lui qui a servi de modèle, mais un soldat Breton du nom de Bérizot…

Conclusion de l’histoire : méfiez-vous, méfiez-vous… Très souvent, les zouaves ne sont pas ceux qu’on croit !

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