Ce matin, Frédéric Pommier ne brosse pas le portrait d'une personne, mais d'un animal : une poule espagnole, qui a accompagné son maître pour un tour du monde sur un voilier. Il s'appelle Guirec Soudée. Il a 26 ans. Elle, elle s'appelle Monique. Elle a 5 ans 1/2. Tous les deux ont écumé les médias ces derniers jours...

Monique, la poule rousse (capture d'écran : https://www.youtube.com/watch?v=b5o4Jq2Pu1c)
Monique, la poule rousse (capture d'écran : https://www.youtube.com/watch?v=b5o4Jq2Pu1c)

Il y en a plein, dans les journaux, des histoires d’animaux… Ces derniers temps, on a eu droit aux images d’une baleine nageant dans la rade de Brest. Une apparition filmée par un pêcheur. Très chouette à regarder... On a eu droit aussi à la fin tragique d’un braconnier sud-africain qui, alors qu’il tentait de tuer un rhinocéros, est mort écrasé par un éléphant avant de se faire dévorer par des lions… Ça s’appelle le karma. Quand des hommes se comportent comme des animaux, il ne faut pas se plaindre que des animaux se comportent comme des animaux… Même si l’on trouve drôle également qu’ils se comportent comme des hommes, à l’instar de cette souris britannique qui, toutes les nuits, range méticuleusement dans leur boîte les outils qu’un retraité féru de bricolage laisse posés sur son établi… Là encore, les images sont très chouettes à regarder. Et puis, en Côte d’Or, il y a eu l’histoire de Billy, petit chien blanc coincé dans une galerie passant sous le canal de Bourgogne… Une galerie où il a passé sept jours, avant d’en être dégagé par des spéléologues. 

Un chien, un éléphant, des lions, une souris, une baleine… Parfois, l’actu tient vraiment du cirque ou du zoo… Ou encore de la ferme, si l’on pense à Monique ! Monique, c’est une poule de 5 ans 1/2, et avec son maître, Guirec, un jeune navigateur des Côtes d’Armor, on l’a vue sur de nombreux écrans cette semaine…  

Monique est restée très sage dans les studios de télé et radio

Pas effrayée du tout, car elle était en permanence dans les bras du beau brun qui s’occupe d’elle depuis qu’elle est petite… Lui, il s’appelle Guirec Soudée. Il a 26 ans, les yeux rieurs et si, avec Monique, il a donc surgi dans plusieurs médias, c’est parce que Guirec vient de publier trois livres dans lesquels il raconte leur tour du monde, avec Monique, sur un voilier de 11 mètres… 

Il évoque aussi sa jeunesse dans la région de Paimpol… Une enfance de cancre… Treize écoles différentes avant, une fois majeur, de partir bosser sur des crevettiers en Australie… Depuis toujours, Guirec rêve d'aventure. De retour en Bretagne, il s’achète un bateau… Un peu pourri, en l’occurrence, le bateau – de la corrosion, des trous… Mais il le retape et, sachant à peine naviguer – il s’est juste entraîné deux heures –, le voilà qui largue les amarres en 2013 pour un périple sur les mers du globe qui durera cinq ans

L’Atlantique, le Groenland, le grand froid puis le grand Sud, les grandes tempêtes et l’Antarctique

Il parcourt plus de 45 000 miles – 83 000 kilomètres… Mais pas seul, car à l’occasion d’une escale aux Canaries, des amis de Guirec lui offrent donc Monique, une petite poule rousse espagnole qu’il va surnommer « Momo ». Au début, il n’est pas certain de savoir la domestiquer, pas certain non plus de s’attacher, mais ça se fait assez rapidement… Aussi fidèle qu’un chien, et presqu’aussi câline qu’un chat, Monique répond quand on l’appelle et elle n’a pas le mal de mer… 

Guirec lui a apprend à nager, à faire du surf et du paddle et de la luge sur la banquise. La banquise, folle expérience… La partie la plus dangereuse du voyage. Totalement coupés du monde, ils ont passé 130 jours dans les glaces du Pôle Nord… Pour Monique, Guirec avait pris 60 kilos de graines et pour lui, 36 kilos de riz… Il comptait s’alimenter en pêchant, mais en 130 jours, il n’a attrapé que deux oursins… Et c’est finalement Monique qui l'a sauvé.

Monique lui a sauvé la vie

En effet, même par un froid polaire, elle continue de pondre. Six œufs par semaine en moyenne. Les œufs, c’est plein de protéine et, de surcroit, ceux de Monique avaient un petit goût iodé… L’air de la mer, évidemment.

D’ailleurs, il a eu également envie de la manger elle-même… Elle passait devant le radiateur : bonne odeur de poulet grillé… Un petit moment d’égarement, comme il en arrive à de très nombreux navigateurs. Parfois, la solitude rend dingue et, une nouvelle fois, Guirec veut remercier son gallinacé de compagnie… Il dit que c’est sa présence, cet insolite tête-à-crête qui l’a empêché de sombrer…  Notamment quand il a appris la mort de son père… D’une certaine manière, Monique a su le consoler et nous, cette histoire nous console de la méchanceté du monde. Il y a vingt ans, trente ans, on se serait peut-être moqué… On était nettement moins sensible à la cause animale… Aujourd’hui, on s’émeut devant l’histoire de Monique. 

Elle est la première poule à avoir franchir le Cap Horn

Monique, avec laquelle Guirec a découvert des paysages à couper le souffle et fait des rencontres incroyables… Des Inuits, des Amérindiens... Près de 130.000 internautes ont suivi l’expédition de cet étonnant duo sur les réseaux sociaux… Expédition de cinq ans, qui nous envoie du rêve, mais aussi de beaux sentiments… Dans ses livres, le jeune Breton ne cache pas ce qu'il ressent pour sa compagne à plumes. 

Moi, je n’irai nulle part sans toi… 

Jamais il n’ira plus nulle part sans Monique. Elle est plus que son animal… Elle est son amie… Il dit qu’elle est stressée chaque fois qu’il s’absente, elle pousse alors de petits cris, mais se calme dès qu’il revient. Il dit : « Je l’aime » et, bizarrement, ce n’est pas du tout ridicule… La tendresse, autant que l'exploit de Guirec nous réconcilie avec la vie. Et pas touche à Monique, c’est sa poule !

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