Il a 38 ans, il a été syndicaliste, il est devenu homme politique, et voilà six ans qu'il siégeait à l'Assemblée.

Vous voyez de qui je veux parler ?

Il a l'air d'un jeune homme, il est socialiste et il est spécialiste des questions économiques : le droit du Travail, la protection des salariés… 

Vous ne voyez toujours pas ? 

Même ses adversaires disent que c'est un type bien. Un brun toujours habillé de la même façon, avec un col roulé gris sous une veste noire. La raie au milieu. Il est un peu coiffé comme Alex Vizorek !

Moi non plus, je ne le connaissais pas. Mais il gagne à être connu si l'on en croit les journaux suisses. Car oui, je ne l'ai pas précisé, mais ce monsieur-là... il est Suisse ! 

Il y a quelques semaines, Jean Christophe Schwaab a donc annoncé qu'il démissionnait de son mandat national – conseiller national, l'équivalent de député. 

Il abandonne ses fonctions pour raisons familiales : il veut s'occuper de son fils, son fils aîné qui est malade

« Troubles du développement » – on n'en saura pas plus, mais la situation du bambin requiert énormément de temps : des soins, des rendez-vous, différentes thérapies. 

Jusqu'alors, c'est surtout sa mère qui s'en chargeait. Son père, lui, il était à Berne, occupé par le Parlement, au cœur des rouages du pouvoir. Jean Christophe Schwaab – surnom Jicé – a adoré tout ce qu'il faisait : les débats sur les textes de lois, l'adrénaline des jours de vote. 

Et puis il s'est dit que ça ne pouvait pas durer comme ça. Pas normal que ce soit sa femme qui sacrifie son métier. Sa femme, elle est pédiatre à côté de Lausanne. Pédiatre, c'est tout aussi utile que conseiller national. Jicé a donc quitté son mandat pour permettre à sa femme de continuer à travailler. 

Tous ses collègues l'ont applaudi

Même applaudi debout lors de son tout dernier discours. Pour l'occasion, Jean Christophe Schwaab avait d'ailleurs mis une cravate… Et tous les médias helvétiques parlent de lui comme d'un modèle. Certains disent même « un héros ». 

On imagine que les médias français diraient pareil si l'un de nos députés prenait une telle décision. Chez nous non plus, les députés ne démissionnent jamais, sauf quand ils sont eux-mêmes souffrants ou bien quand ils sont touchés par le cumul des mandats.

En abandonnant le sien, Jean Christophe Schwaab a donc posé un acte fort, tout en délivrant deux messages.

Premier message concernant ceux qu'on appelle les « proches aidants » : s'occuper d'un enfant malade, ou d'un parent malade, c'est parfois un job à plein temps. Et on ne le dit pas assez.

Second message sur l'égalité entre les sexes. Refus du modèle dominant, qui veut que les femmes s'occupent des gosses pendant que leurs maris s'éclatent au boulot – l'inverse est également possible, et on ne le dit pas assez.  

En résumé, dernier message : la Suisse n'est pas seulement le pays du ski et des montres et des banques et du chocolat. C'est aussi le pays d'un homme qui a choisi de renoncer au pouvoir, aux honneurs et à l'argent d'un mandat… juste pour être un bon papa.

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