C'est une première en France : fin mai, Anne Soupa a annoncé qu'elle était "candidate" à l'archevêché de Lyon. Une candidature symbolique, qui n'a, sauf miracle, aucune chance d'aboutir. La démarche de cette théologienne vise surtout à dénoncer l'invisibilité des femmes dans l'Eglise catholique.

Anne Soupa, 73 ans
Anne Soupa, 73 ans © AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE

Elle est théologienne, bibliste, écrivaine, journaliste. Elle 73 ans, les cheveux poivre et sel coupés au carré, quatre enfants, huit petits-enfants et un chalet dans les Hautes-Alpes, du côté de Briançon, d’où elle a donné de nombreuses interviews ces deux dernières semaines. Parfois dans son salon. Parfois dans son jardin. Toujours sur le même thème : la place des femmes dans l’Eglise catholique

Elle s’appelle Anne Soupa, catholique tendance progressiste, et cela fait des années qu’elle s’offusque que les femmes n’aient droit à aucune responsabilité importante dans l’Eglise. 

Seuls les hommes peuvent être diacre, seuls les hommes peuvent être prêtres, seuls les hommes peuvent être évêque et, cela va de soi, la papauté leur est également réservée

Une mise à l’écart, doublée d’un machisme archaïque, dont avait témoigné l’archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, en novembre 2008, quand on l'avait interrogé sur le rôle des femmes dans la célébration des offices.

Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête.

Anne Soupa avait porté plainte pour sexisme et fondé, dans la foulée, le "Comité de la jupe", précisément pour lutter contre la discrimination que subissent les femmes dans l’Eglise catholique. Des femmes qui, dit-elle, font pourtant beaucoup pour la vie des paroisses. Sans elles, tout s’écroule. Fin mai, cette laïque a décidé de relancer le débat avec un geste que certains ont qualifié de "provocation"

Anne Soupa a annoncé sa candidature à une fonction qui lui est interdite : archevêque 

Après 35 années passées sur le terrain, elle se sent plus que légitime et pense même qu’elle ferait beaucoup mieux que certains hommes. 

Bien sûr, elle sait que sa candidature n’a aucune chance d’aboutir. Parce qu’on ne postule pas à la fonction d’évêque. C’est le nonce apostolique, l’ambassadeur du Vatican, qui propose trois noms, tout d’abord au ministre de l’Intérieur puis au pape. Et c'est ce dernier qui choisit l'heureux élu. De surcroît, seuls les prêtres peuvent devenir évêques. Autrement dit : seuls des hommes. On y revient. 

Mais c’est justement ce monopole masculin qu’Anne Soupa entend dénoncer : cette invisibilité structurelle des femmes dans l’Eglise catholique. Avec sa candidature, elle veut, en quelque sorte, les aider à se rebeller. 

Pourquoi avoir choisi l’archevêché de Lyon ?

A cause de l’affaire de pédophilie étouffée pendant des années par le diocèse : l'affaire du père Preynat, prédateur donc les crimes ont été couverts par quatre évêques successifs, y compris le dernier, Philippe Barbarin. Pour la théologienne, l’entre soi clérical favorise le silence et les abus sexuels. 

Plus il y aura de femmes en responsabilité dans l’Eglise, et moins il y aura d’enfants abusés.

D’ailleurs, l’association La Parole libérée, créée par plusieurs victimes du père Preynat, lui a apporté son soutien, comme plus de 13 000 personnes, qui ont signé une pétition afin d’appuyer sa démarche. Pétition dont le texte applaudit à la fois son "cran" et sa "franchise". Sur les réseaux sociaux, des centaines de femmes, pas forcément pratiquantes, ont en outre posté des messages d’encouragement : on dit qu’elle pose les bonnes questions, et qu’elle apporte un vent nouveau dans un système sclérosé par le conservatisme et de plus en plus noyauté par les traditionalistes. 

Mais sa démarche ne fait pas l'unanimité. 

Elle est la cible de violentes attaques sur les réseaux sociaux

Sans surprise, les attaques viennent surtout d'internautes masculin. Des hommes qui, au nom des règles et prétendument des valeurs de l’Eglise, la qualifie d’« idiote », de « détraquée », de « folle », d’« hérétique », de « brebis galleuse », de « féministe illuminée aussi catholique qu’une courgette »On invoque « le diable », on écrit qu’elle mérite des gifles et que son orgueil la perdra. Un aumônier militaire la traite même de « connasse », et un autre implore le Seigneur. 

Aidez-nous à combattre le mal. L’Eglise de Saint-Pierre ne sera pas dirigée par les femmes.

Il faut croire que la septuagénaire a touché juste. 

Rien que pour ça (pour exaspérer plus encore ceux qu'elle exaspère), si j’étais pape, c’est elle que je choisirais pour prendre les rênes de l’archevêché de Lyon. Moi pape, elle archevêque : ça nous ferait deux miracles.

Anne Soupa devant les Alpes
Anne Soupa devant les Alpes © AFP / Olivier Chassignole
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