De cette femme, on ne connait ni le nom, ni le prénom, ni l'âge, ni l'adresse... Et c’est précisément pour cette raison que les médias ont parlé d’elle ; parce qu’on ne sait pas qui elle est, parce qu’elle-même ne sait pas, ne sait plus qui elle est, et parce qu'aujourd'hui, elle aimerait bien le découvrir...

Cette femme a été retrouvée à la gare de Perpignan, elle se fait appeler "Marie Bonheur", et est à la recherche de son identité
Cette femme a été retrouvée à la gare de Perpignan, elle se fait appeler "Marie Bonheur", et est à la recherche de son identité © Radio France / Baptiste Guiet

C’est en février que des passants l’ont découverte, inconsciente, aux abords de la gare de Perpignan. Les cheveux longs et gris, avec des vêtements d’homme, le corps maigre, très maigre. 

Elle pesait 40 kilos et avait le visage couvert d'ecchymoses

Direction les urgences. La femme se réveille. 

Qui êtes-vous, madame ?

Elle n’a pas de papier. Que faisait-elle dans la rue ? Pourquoi des vêtements d’homme et ces bleus au visage ? A-t-elle une famille ? Un mari ? Des enfants ? Elle ne peut pas répondre. C’est le brouillard complet. Ou plutôt la page blanche. Elle a tout oublié.

La police enquête

Aucun signalement de personne disparue ne correspond à cette inconnue. On relève ses empreintes et son ADN. Sans succès là encore. La vieille dame amnésique ne figure dans aucun fichier… Vieille ou pas si vieille, d’ailleurs : elle doit avoir entre 70 et 80 ans… Et, mis à part la mémoire qui s’est échappée, sa tête fonctionne parfaitement. 

Les médecins tentent de réveiller ses souvenirs

Certains reviennent – des flashs… Elle décrit des images qui évoquent Paris, se rappelle vaguement la nounou de son enfance et dit que le parfum de la lavande lui est familier. Elle pourrait donc avoir vécu en Provence… Mais, quand elle parle, elle a un léger accent alsacien. 

Tout cela reste très flou. C’est rare, une amnésie si longue. Cela fait maintenant sept mois que cette femme est à la recherche de son passé. En attendant, on lui a suggéré de se trouver un nouveau prénom. Et puis un nouveau nom. Une identité provisoire. 

Elle a choisi de se faire appeler "Marie Bonheur"

Pour retrouver sa réelle identité, elle a décidé de lancer un appel à témoins. Un appel diffusé dimanche dernier, sur France Bleu Roussillon.

Connaissez-vous cette femme ?

Marie était interviewée. On a diffusé sa photo et donné le numéro de téléphone à composer. Après ça, les autres radios et les télévisions sont allées la voir. A tous, elle a confié qu’elle redoutait un peu d’apprendre la vérité. Elle pense qu’elle a subi des choses très violentes. Elle pense qu’on l’a séquestrée, qu’on l’a privée de nourriture… Mais, malgré tout, elle veut savoir car pour l’Etat français, aujourd’hui, elle n’existe pas. 

Sans identité, on n'a strictement aucun droit

Pas de couverture sociale, pas d’argent, pas de logement… Actuellement, Marie vit de la générosité des autres et elle espère vraiment que certains la reconnaîtront. 

Quand même, quelqu’un doit se souvenir de moi...

Et là, on s’interroge : nous, ça passerait comment si l’on devenait amnésique ? Est-ce que nos proches partiraient à notre recherche ? A priori oui, mais ce n’est pas sûr. On se retrouverait peut-être comme Marie Bonheur, totalement abandonné... Et, dès lors, que choisirait-on comme "identité provisoire" ? Moi, je crois que j’opterais pour « Henri ». Juste pour le plaisir de dire : « Je me présente, je m’appelle Henri. Je voudrais bien réussir ma vie, être aimé, être beau, gagner de l’argent…… » 

On doit être totalement paumé dans une telle situation, car elle questionne la définition même de l’homme.

Cette histoire soulève des questions métaphysiques

Questions existentielles. Si l’on n’a ni nom, ni prénom, ni mémoire, ni passé, qui sommes-nous, qui suis-je ? Socialement, rien du tout ! Juste un corps, une conscience qui pense – « je pense donc je suis », d’accord, mais je suis qui ?

Et Marie Bonheur, qui est-elle ? On ne peut s'empêcher d'échafauder des hypothèses.

Si ça se trouve, c'est une espionne dont la mission a mal tourné ?

Si ça se trouve, Marie s’est échappée d’une secte ?

Si ça se trouve, c’est une chercheuse, une immense scientifique que son mari a maintenue cloîtrée pendant trente ans, après s’être approprié ses découvertes ? 

Si ça se trouve, elle est l’héritière d’une richissime dynastie ? 

Si ça se trouve, c’est une princesse russe ?

Ou la reine d’un somptueux pays désormais disparu... Elle est fascinante, cette histoire. Y a du mystère, de l'étrange, du suspense… Excellent scénario de film. Sachant que, pour le film, on a déjà la musique : "Marie Merveille, Marie Bonheur", la chanson d'Yves Duteil. 

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