Le weekend dernier, un journaliste vivant dans le Pays basque est soudain devenu la cible de nombreux internautes sur les réseaux sociaux. Il s'appelle François Berland, et s'il s'est fait harceler, insulter, menacer, c'est parce qu'il porte quasiment le même nom qu'un comédien fort en gueule : François Berléand.

François Berléand, acteur et François Berland, journaliste (Capture d'écran https://www.msn.com/fr-fr/video/auto/gilets-jaunes-fran%C3%A7ois-berland-le-mauvais-r%C3%B4le/vp-BBTr9uG)
François Berléand, acteur et François Berland, journaliste (Capture d'écran https://www.msn.com/fr-fr/video/auto/gilets-jaunes-fran%C3%A7ois-berland-le-mauvais-r%C3%B4le/vp-BBTr9uG) © AFP / Berléand : FRANCK FIFE // Berland : Capture d'écran

Il est journaliste-pigiste pour le site et l’hebdomadaire Médiabask. Sur ce site, dans l'hebdo, on trouve des infos, des dossiers sur l’actualité nationale et d’autres sur le joli territoire qu’on appelle le Pays basque… 36 ans, le nez droit, les cheveux bruns, les yeux clairs, il a aussi créé un blog entièrement dédié à sa région s’adoption. 

Sur son blog, on découvre un bel article sur « le cross des contrebandiers », cross mythique lors duquel s’affrontent 36 coureurs français et espagnols… Un autre sur le financement du musée des Beaux-arts de Bayonne… Un troisième article consacré au tout premier album de Pauline et Juliette, deux artistes du coin qui chantent les vertus du partage des cultures, des voyages et de l’amitié… Notre jeune confrère, qui vit à Saint-Jean-de-Luz, ne fait pas vraiment dans le journalisme polémique ; du sport, de la musique, mais assez peu de politique… Et pourtant, le weekend dernier, sur son compte Twitter, François Berland - c'est son nom - a reçu des torrents d’insultes.

Des messages haineux sur les réseaux sociaux.

« Tu me donnes envie de vomir, le parasite ! » lui écrit un internaute. D'autres le qualifient de microbe ou bien de profiteur de la société… On le traite de salop, d’enfant de péripatéticienne ou encore de « raclure en chef », de « caniche de la Macronie »! Certains promettent même de venir lui pisser dessus, ou pire, des appels à la scatologie... Mais pourquoi tant de haine ? Lui-même s’est posé la question. La réponse, c’est qu’on l’a confondu avec quelqu’un d’autre… 

En l'occurrence, on l'a confondu avec un homme qui porte presque le même nom que lui : François Berléand qui, samedi matin, sur l'antenne de RTL, s'est emporté contre les manifestations du mouvement des Gilets jaunes. « Depuis le début, ils me font chier, les Gilets jaunes », a lancé le comédien. Après quoi, il a assuré qu'il se contrefichait de ce que les gens allaient penser de lui après une telle déclaration, précisant qu'il n'avait pas de compte sur les réseaux sociaux... 

Mais aujourd'hui, c'est en premier lieu sur ces réseaux-là que se déverse la haine. Ulcérés par ce coup de gueule anti-Gilets jaunes, certains, dès lors, se sont déchaînés sur un homme dont le nom ressemble à celui du comédien. 

Pensant s'adresser au comédien François Berléand, des internautes ont harcelé le journaliste François Berland.

Une situation « ubuesque », ont commenté des journalistes... Ubuesque ou kafkaïenne. Surréaliste, en somme... Notre confrère se fait donc injurier pour des propos qu’il n’a pas tenus ! D’où la mise au point consternée qu’il a faite, dimanche, sur Twitter, à l’attention de ceux qui le prennent pour le comédien.

Je m’appelle François Berland, je suis journaliste pigiste, j’habite au Pays Basque. Apprenez à lire, ça sert bien, vous y arriverez… François Berléand, ce n’est pas François Berland.

Mise au point qui n’a pourtant pas permis de faire cesser les invectives… Lundi, un certain Jean-Jacques lui écrivait – tenez-vous bien, ça vaut son pesant de cacahuète.

Même si vous prétendez ne pas être vous-mêmes, je suis sûr que vous l’êtes ! Et vous méritez donc de vous faire insulter, car nous avons tous besoin d’un bouc émissaire et aujourd’hui, c’est vous ! Pauvre connard, ce François Berland… 

François Berland dit : « C’est pas moi ! » L’autre répond : « Je sais que c’est vous ! » Là, c’est vraiment à se taper la tête contre les murs, d’autant que jusqu’à présent, quand les gens se trompaient, c’est plutôt des messages sympas que recevait le journaliste… On le félicitait pour sa dernière pièce, son dernier film ; pas plus justifié que le reste mais nettement moins agressif… 

Ce qui est également délirant, c’est qu’on n’est même pas sur un cas d’homonymie réelle.

Entre Berland et Berléand, il y a tout de même une petite lettre en plus…

Mais bon, visiblement, ça n’arrête pas les imbéciles, comme l’avait déjà constaté, cet été, un quadragénaire toulousain, Alexandre Benallaoua… C’est vers son profil que renvoyait Facebook lorsque des internautes cherchaient la page d’Alexandre Benalla… Benallaoua, ce n’est pas tout à fait Benalla… Qu’importe : le Toulousain a reçu des centaines de messages d’injures et des menaces de crétins qui pensaient s’adresser à l’ancien gros-bras de l’Elysée

Les cas d’homonymie réelle sont plus problématiques encore… Au début des années 2000, un homme a passé plus de six mois en prison, et ce, à la place d’un autre, un violeur d’enfants condamné par contumace... Emprisonné pour des viols commis par un homonyme... Par malheur, il portait le même nom, et il était en prime nés dans la même ville et la même année en Guinée… En l’arrêtant, les policiers ont bien regardé ses papiers : même nom, même ville, même année, même couleur de peau ; oui monsieur, le violeur, c’est vous ! Et puis il y a deux ans, l’homme incarcéré par erreur a finalement obtenu de la justice 60.000 euros de dédommagement… 

De son côté, le journaliste, pour l’heure, n’a rien obtenu… Si ce n'est un lourd weekend de célébrité.

François Berland se serait bien passé de cette soudaine notoriété.

Mais il n'a pas reçu la moindre excuse des internautes qui se sont fourvoyés, et pas même un coup de fil, un texto voire un télégramme de l’anti-Gilets jaunes François Berléand, lequel joue tous les soirs au théâtre à Paris… La pièce, c’est Encore un instant, et je suis allé lire les critiques des spectateurs sur les sites de réservation. Pour la plupart, ce sont des critiques assassines : « très ennuyeux », « pas drôle », _« ma voisine s’est endormie »_ Vu le prix des places – de 30 à 70 euros - je doute (mais je peux me tromper) que ces spectateurs comptent parmi les Gilets jaunes… Et vu la semaine qu'il vient de vivre, cela m’étonnerait aussi que François Berland quitte son pays basque pour venir applaudir François Berléand.

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