Dans son "Quart d'Heure de Célébrité", Frédéric Pommier s'intéresse à un syndrome psychologique dont il beaucoup question dans les médias ces jours-ci : "le syndrome de la cabane". C'est cette angoisse que certains ressentent depuis le début du déconfinement. Lui-même a d'ailleurs un peu de mal à sortir de chez lui !

"Le syndrome de la cabane". C'est cette angoisse que certains ressentent depuis le début du déconfinement.
"Le syndrome de la cabane". C'est cette angoisse que certains ressentent depuis le début du déconfinement. © Getty / Catherine Falls Commercial

C’est un syndrome dont, j’avoue, j’ignorais l’existence jusqu’à cette semaine. Pourtant, j’en connais un rayon en la matière. Comme tous ceux qui doutent de façon maladive, je connais bien le syndrome de l’imposteur. Comme tous ceux qui ont beaucoup de mal à se voir vieillir, je connais bien le syndrome de Peter Pan. Eh oui, dans ma tête, j’ai toujours 12 ans ! 

Lorsque j’ai mal au crâne, je développe le syndrome d’Alice au Pays des Merveilles : l’impression que les objets deviennent plus petits ou plus gros, que mon corps se déforme, que mes membres s’allongent de façon inconsidérée. C’est une forme de délire. Comme le syndrome de Fregoli– ça, c’est quand je suis très fatigué : la certitude que tous mes proches ne sont qu’une seule et même personne qui se déguise afin de me persécuter. 

Je connais bien aussi le syndrome de Stendhal : un émerveillement jusqu’à la panique devant une surabondance d’œuvres d’art. Pour Stendhal, ça s’était produit en visitant Florence… Moi, je l’ai éprouvé en visitant la ville de Tours. Mais ces temps-ci, très honnêtement, je n’ai pas la moindre envie de visiter quoi que soit. Pas même envie de me balader dans mon quartier.

Juste envie de rester chez moi. Après deux mois de confinement, je ne veux plus quitter mon salon. 

Si sortir vous angoisse, vous êtes peut-être atteints pas "le syndrome de la cabane"

Il s'agit d'un état émotionnel observé au début du siècle dernier chez des chercheurs d'or aux Etats-Unis. Après des mois confinés dans leurs cahutes, ils étaient paniqués à l’idée de revenir à la civilisation. Phénomène qu'on a pu observer également chez des gardiens de phare

Pour résumer, il s'agit donc de la peur de quitter un lieu d'enfermement pour retrouver la vie normale. Les symptômes peuvent être les suivants : fatigue, engourdissement des jambes et des bras, difficulté à se lever le matin, longues siestes durant la journée, sentiment de tristesse. 

Finalement, pour certains, le confinement avait de nombreux aspects rassurants. Parce qu’on nous a seriné que dehors, c’était dangereux, et que c’est en restant chez nous que l’on se protégeait tout en protégeant les autres. Sachant que pour le reste, on a vraiment entendu tout et son contraire : que les masques ne servaient à rien, puis qu’on pouvait en mettre, puis qu’on devait en mettre. Messages contradictoires pas très sécurisants. 

Au moins, lorsqu’on est chez soi, on maitrise à peu près les choses. 

Chez soi, on est dans son cocon, recroquevillé dans sa coquille

D’où ce syndrome de la cabane qui touche, semble-t-il, bon nombre de personnes dans les pays qui ont entamé le déconfinement. 

Pour certains, la raison, c’est avant tout la peur d'être contaminé en sortant, le danger étant toujours là… Pour d’autres, c’est plutôt la difficulté de s’adapter à cette nouvelle façon de vivre avec le coronavirus : plus de bises ni de serrage de mains, garder ses distances y compris avec les amis… 

Enfin, certains ont réellement pris goût au confinement : arrêter les transports, s’habiller n’importe comment, ne plus voir ses collègues mais davantage ses enfants, faire semblant de se mettre au jogging, s’empiffrer, rater son pain, lire ou - c'est plus chic - relire Proust, ou bien regarder des dizaines de séries sur Netflix. 

L'isolement n'est pas toujours simple à supporter, mais en sortir peut être encore plus compliqué 

Cela dit, qu’on se rassure : ce n’est pas une maladie. Et normalement, l’angoisse diminue avec le temps. Peu à peu, on arrive à s’extraire de sa cabane. 

Ce que je devrais réussir à faire également, en remettant des chemises et en réenfilant des jeans. Mais je suis tristesse… C’est si confort, le survêtement.

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