Depuis bientôt trois semaines, on peut voir son visage dans tous les journaux. C'est une petite fille de neuf ans.

Un gendarme accroche le portrait de Maëlys, 9 ans, disparue lors d’un mariage le 26 août à Pont-de-Beauvoisin,
Un gendarme accroche le portrait de Maëlys, 9 ans, disparue lors d’un mariage le 26 août à Pont-de-Beauvoisin, © AFP / PHILIPPE DESMAZES

Maëlys a disparu. A Pont-de-Beauvoisin dans l'Isère. Une commune jusque-là tranquille. Une commune sans histoire. Quelques bistrots et restaurants, des écoles, des commerces. Il y a aussi « le musée de la machine à bois et de l'outillage à la main ». Il y a les colonnes romaines du théâtre de verdure. Quant à la salle des fêtes, elle est située à l'extérieur du centre-ville, au milieu d'une forêt.

Et c'est donc là que Maëlys a disparu, il y a bientôt trois semaines. Pendant le banquet d'un mariage. Soirée très réussie, de l'avis des participants. C'était joyeux, c'était festif, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive de l'absence de la petite fille. Il était trois heures du matin, et la presse a très largement diffusé l'appel à témoin.

« Elle mesure 1 mètre 30, pèse 28 kilos. Et elle était vêtue d'une robe sans manche et de nu-pieds. »

On a observé la photo. Et puis, d'emblée, on a pensé à toutes les fillettes du même âge que l'on connaît. Celles qui sont entrées en CM1 il y a dix jours…

Maëlys a donc disparu. Dans le langage journalistique, on appelle ça un fait divers. Un tragique fait divers. Et si cela nous touche, c'est parce que cela touche à l'un des grands principes de notre humanité : on ne fait pas de mal aux enfants – les enfants, il faut les protéger.

L'émotion collective, elle s'explique aussi par les circonstances du drame : ça s'est passé lors d'un mariage, les suspects sont les invités et l'homme que l'on a arrêté, un ex-militaire maître-chien, paraît avoir réponse à tout. On a là tous les ingrédients d'un film de Claude Chabrol, avec en prime le sentiment qu'il peut s'agir du pire des crimes.

Comme une curiosité malsaine, une fascination pour le mal : on veut savoir, on s'intéresse et on s'en veut de s'intéresser

Maëlys a donc disparu, mais pour sa famille, ses parents, bien sûr, ce n'est pas un fait divers. Ni même un tragique fait divers. Encore moins un film de Chabrol. Pour eux, c'est le monde qui s'écroule. Et d'ailleurs, il n'y a pas de mot dans le vocabulaire français pour désigner ceux dont les enfants disparaissent.

Peut-être pourrait-on les appeler des « disparents » ?

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