C’est une jeune femme de 34 ans qui, je l’avoue, m’épate, m’impressionne, me bluffe. Elle travaille sur les chaînes de Radio France depuis maintenant dix ans.

Sur l’antenne de France Inter, elle présente notamment le journal des Sports du weekend et, depuis la semaine dernière, on entend son nom dans quasiment tous les journaux.

Lætitia Bernard n’arrête pas depuis dix jours

De Pyeongchang en Corée du Sud, elle enchaîne les directs, les reportages et les interviews, comme elle l’avait déjà fait lors des Jeux paralympiques de Sotchi, de Rio et de Londres. Elle raconte à la fois l'ambiance et, bien sûr, les exploits des athlètes tricolores. 

Elle raconte le bonheur de Marie Bochet, née sans avant-bras gauche : une surdouée des pistes, déjà trois médailles d'or !

Elle raconte la joie de Benjamin Daviet, la jambe gauche bloquée depuis un accident de mobylette : champion de biathlon, deux médailles d'or et deux d'argent !

Elle raconte l'euphorie communicative du jeune Arthur Beauchet, qui souffre d'une maladie génétique affreusement douloureuse. Il n'a que 17 ans et, pour ses premiers Jeux, il a déjà raflé trois médailles d'argent !

Lætitia Bernard réussit à transmettre les émotions des skieurs. En revanche, elle ne décrit jamais précisément les courses, non, mais elle a une bonne excuse : elle est aveugle de naissance, et c'est pour cela qu'elle m'épate, m'impressionne, me bluffe. 

Quand elle est en studio, ça tient presque de la magie

Ultra concentrée, elle caresse son prompteur en braille, passe d'un sport à l'autre, donne les résultats – à côté, on se sent petit, tout petit, avec nos papiers et nos yeux. 

Elle ne voit pas mais sait tourner ce handicap en dérision. Si elle se cogne dans une chaise, elle crie « Arrêtez de mettre des pièges ! » Et elle peut également lancer : « J'aime bien la couleur de ton pull ! » 

Oui, son humour est épatant. Et son parcours impressionnant. Une enfance près de Toulouse et très vite l'école des voyants, des parents tous deux profs de sport, du ski dès l'âge de 5 ans, de la piscine, du judo, du piano – un très bon niveau, puis l'équitation vers 13 ans, l'une des grandes passions de sa vie. Elle s'est lancée dans le saut d'obstacle et elle a décroché six titres de championne de France handisport. 

Parallèlement : Sciences-Po Strasbourg, puis le CFJ à Paris. L'envie de faire de la radio, elle rencontre les bonnes personnes et, à Radio France, « la mission handicap » l'aide à travailler. La mission paye les logiciels qui vocalisent les données de l'écran de son ordinateur, et elle finance le séjour de celle qui la guide sur les Jeux. Avec Lætitia, en Corée du Sud, il y a Marc, le technicien qui fait les prises de son, les mixages, et Sophie, l'accompagnatrice, qui gère l'agenda des épreuves et l'emmène sur les sites où se déroulent les compétitions.

Lætitia aime son métier au moins autant que la musique

Patty Smith et Mozart – tout Mozart, le triste et le gai, et elle chante dans une chorale. Lætitia aime faire la cuisine, pas des trucs trop compliqués – et quand ce n'est pas bon, elle s'excuse, mais elle ne voit pas les dates de péremption des produits. Lætitia aime les randonnées en tandem avec son chéri. Lætitia aimerait bien avoir son émission de radio, une émission qui parlerait uniquement de choses positives. 

Lætitia Bernard me bluffe, parce qu'elle est toujours positive et que, sans voir, elle fait bien plus de choses qu'un paquet de gens qui voient ! Elle fait avec son handicap, comme le font les skieurs dont elle nous raconte les exploits. Ils montrent que tout est possible et de les voir fait un bien fou. Quant à Lætitia, c'est l'entendre qui fait un bien fou. Lorsqu’elle parle, je ferme les yeux…

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.