C'était lundi matin, lors des cérémonies d'hommage aux victimes des attentats du 13 novembre. Il s'appelle donc Michaël Dias, il a 33 ans, et son père fut la première personne tuée ce soir-là par des terroristes islamistes.

Brigitte et Emmanuel Macron lors de la cérémonie d'hommage à Manuel Dias le 13 novembre 2017
Brigitte et Emmanuel Macron lors de la cérémonie d'hommage à Manuel Dias le 13 novembre 2017 © Maxppp / Philippe Lavieille

Il était chauffeur de car, et il est mort devant le Stade de France, quand l'un des kamikazes s'est fait exploser. 

L'an dernier, une plaque en sa mémoire a été posée sur les lieux, et son fils était là quand on l'a dévoilée. Michaël Dias avait même pris la parole : un discours émouvant, sans haine et sans colère, dans lequel, après avoir rappelé qui était son père, né au Portugal, il avait défendu les vertus de l'intégration

C'était il y a un an. Ni haine, ni colère. Mais ce lundi, c'est bien sa colère qu'il a manifestée, en refusant de saluer le chef de l’État. Alors qu'on déposait des fleurs sous la plaque hommage à son père, Michaël Dias a décidé de se mettre en retrait, et n'a donc pas serré la main d'Emmanuel Macron. Puis il a expliqué son geste. Il a expliqué sa colère. Ce qu'il reproche notamment au président de la République, c'est d'avoir supprimé le Secrétariat d’État à l'aide aux victimes. 

"Le pays nous abandonne" Voilà ce qu'il ressent, voilà ce qu'il dénonce : un manque de soutien et même, selon lui, « du mépris »

Michaël Dias a donc choisi de répondre au mépris par le mépris : c'est cela que ça signifie quand on ne salue pas quelqu'un. On pose un acte, un acte fort, on revendique d'être impoli…

Mais avant Emmanuel Macron, c'est déjà arrivé à d'autres présidents.

Souvenez-vous, en juin 2016 : la cérémonie d'hommage au couple de policiers tués à Magnanville. L'un de leurs collègues refuse alors la main que lui tend François Hollande – il voulait dénoncer le manque de moyens de la police

Et puis, février 2008 : le salon de l'Agriculture. « Touche-moi pas, tu me salis ! », lance un visiteur à Nicolas Sarkozy... Et celui-ci rétorque : « Eh ben casse-toi alors, pôv’ con ! » 

Nicolas Sarkozy n'aime pas quand on ne lui serre pas la main. L'acteur Nicolas Duvauchelle raconte d'ailleurs qu'il l'a appris à ses dépens. Il dit qu'un soir, au Parc des Princes, il avait refusé de le saluer, et que bizarrement, deux semaines plus tard, il s'était retrouvé avec un contrôle fiscal...

Et puis au boulot c'est pareil : il vaut mieux se montrer poli. Il y a trois ans, un employé d'une société d’aluminium s'était fait licencier pour avoir refusé de serrer la main de son chef. Licencié pour « Insubordination ».  Sachez-le, parfois c'est risqué de ne pas serrer la main. 

Cela étant, le geste de Michaël Dias paraissait plutôt tenir de l'appel à l'aide. Un appel à l’État... et au chef de l’État, pour dire « ne nous oubliez pas »

N'oubliez pas les victimes du 13 novembre, n'oubliez pas leurs proches, leurs parents, leurs enfants. Ne pensez pas à nous seulement le 13 novembre... 

Dès lors, écoutons-le. 

Dès lors, pensons à eux. Y compris le 14 novembre, et puis le 15 novembre, le 16 novembre et le 17… et les jours suivants également.  

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