Frédéric Pommier revient sur le parcours et l’exploit d’une jeune gymnaste américaine : Katelyn Ohashi qui, samedi, à Los Angeles, a obtenu la note maximale de 10 lors d'une compétition universitaire. Depuis, la vidéo de sa prestation cartonne sur Internet et les experts estiment qu'elle a révolutionné sa discipline.

Katelyn Ohashi a surpris tout le monde par son audace et le plaisir communicatif qu'elle a à pratiquer ce sport
Katelyn Ohashi a surpris tout le monde par son audace et le plaisir communicatif qu'elle a à pratiquer ce sport © Getty / Tim Nwachukwu

90 secondes… Il lui aura suffi de 90 secondes pour enflammer le public et subjuguer les juges… C’était samedi dernier, lors des championnats universitaires américains de gymnastique artistique. Quatre épreuves - classique : les barres asymétriques, le saut de cheval, la poutre et la chorégraphie au sol… Et c’est cette dernière, la chorégraphie au sol, qui a permis à Katelyn Ohashi de décrocher la note maximale. 

Les juges lui ont accordé un rarissime 10/10

Elle a 21 ans, Katelyn Ohashi… Petite par la taille – elle mesure moins d'1,50m, mais immense par la souplesse et le talent… Le sol, c’est l’épreuve phare de la gymnastique féminine… Il faut sauter, tourner, virevolter et danser en utilisant toute la surface du praticable… Tracer au moins trois diagonales sur le tapis, et savoir enchaîner les séquences acrobatiques en variant les vitesses, les hauteurs et les émotions… Tout cela sur un fond musical – ce n’est pas le cas pour les garçons… Il s'agit ainsi d'allier le sens du rythme et celui de l’équilibre… Pas question de se vautrer sur une mauvaise réception !

En l’occurrence, Katelyn Ohashi ne s’est pas vautrée, non, elle a réussi parfaitement tous ses enchaînements, et elle ajouté à son programme des mouvements inédits dans la discipline.

Des déhanchés endiablés à la Beyonce, des gestes de hip-hop, des moulinets des bras et un joyeux grain de folie...

Une audace qui, de l’avis des experts, a su dynamiter les codes de la discipline. On évoque "un moment de grâce", voire "un moment historique". En 90 secondes, la jeune Américaine a, dit-on,  révolutionné la gymnastique artistique… Il est rare cela d’un sportif ; qu’il révolutionne son sport… 

On pense à Dick Fosbury, qui popularisa le saut en hauteur sur le dos… On pense à Jean Vuarnet, à l’origine de la position de l’œuf pour la descente en ski – jambes fléchies et le bassin le plus bas possible... Pour le ski, on dit qu'il y a eu un avant et un après Vuarnet… Pour le saut en hauteur : un avant et un après Fosbury… Dès lors, y aura-t-il un avant et un après Ohashi ? En tout cas, la vidéo de son époustouflante prestation cartonne sur Internet. 

Plus de 50 millions d'internautes ont regardé sa prestation

Mais, à bien y regarder, pendant ces 90 secondes, Katelyn Ohashi a surtout montré qu’elle avait du plaisir à bondir, rebondir, faire des vrilles et atterrir en grand écart… Avec elle, la gymnastique a l’air d’être facile… Elle exulte sur le tapis… 

Elle exulte comme moi, quand j’arrive enfin à mettre ma housse de couette ! 90 secondes d’une joie communicative, et c’est bien cela, la joie, qui transparaît quand on regarde son programme… Elle parait défier les lois de la gravité, en même temps qu’elle défie le sérieux poussiéreux des juges… C’est sa bonne humeur qu’elle transmet. 

En 90 secondes, Katelyn Ohashi semble nous dire : « Allez ! Rien n’est grave, même pas mal ! » En 90 secondes, l’athlète parvient à nous donner le sourire. 

Pourtant, elle n’a pas toujours eu envie de sourire. 

De multiples blessures et une traversée du désert

Dans la vie, elle a connu des moments douloureux. Elle avait trois ans quand sa mère l’a inscrite à la gym et, à 16 ans, elle était l’un des grands espoirs de son pays dans la discipline… Mais après une victoire à l’American Cup, qui devait la propulser aux Jeux olympiques, Katelyn Ohashi a enchaîné les mauvaises blessures : un dos fracturé, des épaules déchirées, et les douleurs ont persisté en dépit des opérations… 

Son corps l’a lâché, et ce fut le début d'une longue traversée du désert.

"Trop grosse..."

Regard sans pitié du milieu. Sans pitié, sans scrupule. L’adolescente vacille et ne croit plus en son talent. En revanche, elle est persuadée d’être devenue grosse. 

Avant ses blessures, elle entendait qu’elle était maigre, bien trop maigre. Suite à ses blessures, on lui dit qu’elle est grosse. Trop grosse. Affreusement grosse. On la compare à un oiseau devenu trop lourd pour voler... 

Elle s’oblige alors à faire de l’exercice après chaque repas. Puis elle se fait vomir après chaque repas. Puis elle choisit de s’affamer, ne mange quasiment plus rien. L’existence devient un enfer et Katelyn se déteste. Elle déteste son corps, n’arrive plus à rien, jusqu’à ce qu’elle intègre l’équipe de gymnastique de l'UCLA, l'université californienne où elle suit ses études. C'est là qu'elle prend conscience qu’on ne doit pas se laisser dicter par les autres ce qu’on pense de soi-même… 

Un parfum de revanche...

Depuis, elle a, en quelque sort, regagné sa liberté. Repris le contrôle sur le corps. Repris confiance en elle. 

Katelyn Ohashi a finalement choisi d'imposer son style, comme samedi à Los Angeles… Un 10/10 et un emballement mondial pour sa prestation. C'est bien une forme de revanche sur la vie… 

Allez regarder sa prestation de 90 secondes, vous verrez, c’est formidable ! Ces temps-ci, les occasions de sourire sont rares. Cette jeune femme nous donne la pêche. Cette athlète nous fait du bien.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.