Quelques jours après l'incendie de Notre-Dame, Frédéric Pommier revient sur le parcours d'un homme que des médias du monde entier présentent comme "le héros de Paris". Depuis 2011, Jean-Marc Fournier est l'aumônier des sapeurs-pompiers de Paris et lundi, avec d'autres, il a été récupérer la "Sainte Couronne" du Christ.

Jean-Marc Fournier, aumônier de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris
Jean-Marc Fournier, aumônier de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris © AFP / Martin Bureau

Il a 53 ans, une petite moustache, le visage rond comme ses lunettes, l’air bonhomme et le sourire franc de ceux qui ont fréquenté la mort à multiples reprises. Un temps, il fut prêtre en Allemagne, puis dans la Sarthe, avant de rejoindre le diocèse aux Armées en 2004… Aumônier militaire, il entame alors sept années de missions à travers la planète, notamment en Afghanistan… Scène de terreur en 2008 : dans la vallée d’Uzbin, une patrouille française tombe dans une embuscade des Talibans. Dix jeunes soldats sont tués et plus de vingt blessés, auxquels le père Fournier va porter assistance. 

De retour en France, il devient l’aumônier de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris. 

Avec les pompiers de Paris, il est présent sur tous les drames.

Il est là juste après la tuerie à Charlie Hebdo. Des familles, des corps... Encore là lors de la sanglante prise d’otage de l’hyper-casher. Des familles, des corps... Toujours là lors des attentats du 13 novembre. Massacre puissance 10… Tout en évitant les balles des terroristes, il participe à l’évacuation des victimes du Bataclan. Il est présent pour les victimes, tout autant que pour ses collègues, lesquels le surnomment « Padre ». Il les écoute, les console. Il a su s’imposer comme un confident, un ami… Ces derniers mois, il a aussi accompagné jusqu'au bout six camarades morts en intervention.  Pompier est un métier à risques. Dès lors, aumônier des pompiers, c’est souvent fort en émotions… 

Et Jean-Marc Fournier en a eu de sacrées cette semaine : de "sacrées" émotions. Lundi soir, lors de l’incendie de Notre-Dame, il a participé au sauvetage des reliques de la cathédrale, ce qui lui a valu les gros titres d’une bonne partie de la presse internationale. En Irlande, en Argentine, aux Pays-Bas, c’est lui que les journaux ont choisi de mettre en avant… 

Un prêtre pompier devenu, pour certains, « le héros de Paris »... 

"Merci" : voilà ce qu’entend le père Fournier depuis le début de la semaine. Hommage à son courage, mais lui, cela étant, réfute le terme de "héros". Humblement, il assure que c’est un travail d'équipe qu'il faut saluer, celui des centaines de soldats du feu mobilisés... Humblement, il assure qu'il n’a fait que « son devoir » de prêtre et pompier. 

Dans les interviews, il a donné le récit détaillé de sa soirée.

Avec d’autres aumôniers de l’armée, il se rendait à un dîner à l’école militaire quand, sur le trajet en voiture, il aperçoit une fumée noire à travers à la vitre. Son téléphone était éteint. Il le rallume et des messages lui apprennent que la cathédrale est en feu ! On l’a appelé car il connait les lieux par cœur ; les lieux, mais aussi les trésors qu’ils recèlent. Il est chevalier du Saint-Sépulcre, Ordre dont l'une des missions est précisément de protéger les Saintes reliques lorsqu'elles sont présentées à la vénération des fidèles.  

Une fois sur le parvis, il enfile son uniforme, salue les officiels et annonce les priorités de son équipe. 

Il veut mettre à l’abri le Saint-Sacrement et les Reliques de la passion.

En premier lieu : la couronne d’épines qu’aurait portée Jésus peu avant sa crucifixion… Joyau de la chrétienté. Joyau du patrimoine. Problème : elle est dans un coffre – il faut trouver le code et les clefs…  

Finalement, ce n’est pas lui, mais d’autres militaires qui parviennent à ouvrir le coffre, et quand l’aumônier entre dans l’édifice, la couronne est déjà sauvée. Ils sont une dizaine dans la nef. L’ambiance est apocalyptique.

Une vision de ce que pourrait être l’enfer : des brasiers ardents devant les deux autels et des cascades de feu qui tombent des ouvertures provoquées par la chute de la flèche de Notre-Dame… 

Au milieu des cendres, les pompiers extraient des tableaux, des candélabres, des sculptures... C’est le père Fournier qui signale les œuvres qu’il faut emporter. Pas la peine de sortir des choses sans intérêt... Dans la précipitation, il fait d'ailleurs un trou dans une toile d'une valeur inestimable. Puis il va chercher les hosties. 

Hors de question que disparaisse dans les flammes ce qu’il considère comme "le corps du Christ".

Ciboire en main, il prend le temps d’une courte bénédiction, et décide alors d’en appeler à Jésus lui-même, l’invitant à se bouger un peu s’il veut préserver sa "maison" ! Or là, raconte-t-il, « le feu qui avait pris dans le beffroi de la tour Nord s’est soudain arrêté », évitant la pire catastrophe, l'effondrement de la cathédrale.

L’aumônier aurait donc finalement fait bien davantage que préserver des reliques : en s’adressant au Christ, il aurait sauvé Notre-Dame ! On y croit ou on n’y croit pas. Au miracle et au ciel. Mais, même si l’on n’y croit pas, la vie du père Jean-Marc Fournier peut nous réconcilier, un peu, avec la religion… Ces dernières années, quand un homme d’Eglise fait la Une des journaux, c’est souvent pour des choses pas très catholiques. Là, c’est pour actes de bravoure. 

A l’instar des sapeurs-pompiers de Paris, on se dit qu'on aimerait l’avoir comme ami.

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