Jacqueline Dervoust est une Finistérienne de 79 ans. Elle vient de signer un CDI dans une crêperie de Concarneau. Un CDI à près de 80 printemps ? L'histoire n'a pas manqué d'intéresser la presse...

Jacqueline Dervoust nouvellement embauchée en CDI pour la chaîne de restaurant Mam'Breizh
Jacqueline Dervoust nouvellement embauchée en CDI pour la chaîne de restaurant Mam'Breizh © Capture écran du Télégramme

D’habitude, on dit que ce n’est pas très poli de donner l’âge des dames. Les messieurs, on peut, ça ne pose de problème à personne. Moi, j’ai 27 ans, ça ne me dérange pas de le dire. Et lorsque j'en aurai 28, ça ne me dérangera pas non plus… Mais là, c’est précisément du fait de son âge que les médias ont parlé de cette femme-là. A bientôt 80 printemps, elle vient de réaliser une chose qu’en temps normal on fait lorsque l’on est plus jeune. Non, elle n’a pas traversé la Manche à la nage. Elle ne s’est lancée dans le saut en parachute, ni même dans un concours de Miss, non, c’est pour une toute autre raison qu’on a parlé d’elle dans les journaux.

Jacqueline Dervoust vient de signer un CDI dans une crêperie.

Elle se sent jeune, Jacqueline. Elle dit que dans sa tête, elle n’a pas plus de 30 ans, et que son corps n’est pas celui d’une septuagénaire. Elle est svelte, pimpante, se teint les cheveux en blond, se maquille et ne quitte jamais son large sourire. Une allure de jeune fille et l’esprit d’une jeune fille. Elle n’a aucune envie de penser à la retraite. Ou plutôt, chaque fois qu’elle y pense, ça la mine. 

La retraite, pour moi, c'est comme avoir un pied dans la tombe.

Et c’est pour cette raison qu’elle continue de bosser… 

Depuis sa naissance à Paris en 1939, elle a eu de multiples vies professionnelles.

Secrétaire d’un office notarial, puis secrétaire de direction, gérante d’une société de transport, par la suite torréfactrice… A l’approche de la cinquantaine, Jacqueline Dervoust embrasse une nouvelle carrière. Elle rejoint son mari dans le Finistère et se lance dans la restauration. Elle part vendre des crêpes et des galettes sur les marchés de la région. Elle fait ça pendant trois décennies et puis, il y a deux ans, un homme vient la voir et lui propose un job dans son entreprise.

L’homme a ouvert un restaurant d’un nouveau genre, sur le parking de l’Intermarché de Concarneau : des crêpes et des galettes à n’importe quelle heure de la journée. Comme dans un fast-food, on se rend au comptoir pour commander ses ingrédients : quatre pour les galettes, trois pour les crêpes et c’est menu à volonté ! Pour douze euros, on peut s’en mettre plein la panse !

Jacqueline habite à une trentaine de kilomètres de la ville. Ça fait un peu de route, mais bien moins que lorsqu’elle écumait les marchés. 

Elle accepte le CDD à la crêperie du parking de l’Intermarché de Concarneau.

Un CDD, deux CDD ; elle enchaîne les contrats, jusqu’à la semaine dernière où elle a donc, cette fois, signé un CDI ! 25 heures par semaine, parfois le midi, parfois le soir et parfois le weekend.

Pourquoi elle, et pas des plus jeunes ? Il y en a plein, en Bretagne, des jeunes qui cherchent du boulot ! Les médias sont allés questionner le patron, administrateur du Medef, qui a fait part de ses problèmes pour recruter. 

Je ne trouve pas de personnel et les jeunes veulent seulement bosser les mois d’été pour toucher ensuite les allocations chômage… Et je ne parle même pas de ceux qui refusent de travailler pendant le festival des Vieilles Charrues ! 

On comprend l’argument. Des feignasses d’un côté ; des tire-au-flanc, des assistés. De l’autre côté : Jacqueline qui, elle, au moins, ne rechigne pas à la tâche. En plus, elle, elle s’en moque du festival des Vieilles Charrues ! Et qu’importe si elle a 79 ans ! Après tout, il n'y a pas d’âge quand on est dans le commerce ; à Luchon, la dame qui tient la boutique de photos vient de fêter ses 100 ans...

Mais dans le même temps, certains se battent en France pour défendre les retraites : le moment du départ, le montant des pensions. Pour eux, on imagine que Jacqueline ne donne pas le bon exemple. Si elle travaille encore à 79 ans, pourquoi pas les autres ? Et après, on verra peut-être, comme en Chine ou aux Etats-Unis, des octogénaires qui se retrouvent à balayer les rues ou à donner des sacs aux caisses des supermarchés afin d’arrondir leurs fins de mois… 

Est-ce ça, l’avenir du pays ? Non, on espère que non.

Je ne dis pas ça contre Jacqueline. Elle est très sympathique et on comprend ce qu’elle ressent.

Elle dit qu'elle est "la Charles Aznavour de la crêpe".

Ne jamais s’arrêter, parce que s’arrêter, c’est la mort… Henri Salvador également, il a chanté jusqu’à la fin. Lors de son tout dernier concert, il avait 90 ans. Et pourtant, il a souvent fredonné que, parfois, il faut savoir s’arrêter.... 

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