Le quart d'heure de célébrité, c'est une personne propulsée à la Une de l’actualité : cette semaine, Ladj Ly - réalisateur des "Misérables", Prix du jury à Cannes et peut-être oscarisé, dont a été révélé cette semaine, qu'il avait été en prison... Un prétexte pour le faire taire ?

Ladj Ly
Ladj Ly © AFP / Valérie Macon

Un homme qui a eu un sale quart d’heure avant de devenir réellement célèbre et justement célébré, Ladj Ly, réalisateur des Misérables, prix du jury à Cannes et peut-être oscarisé, a fait de la prison, on l'a appris cette semaine : pour avoir accompagné une expédition punitive en janvier 2009, il fut condamné  à deux ans ferme pour je résume "arrestation, enlèvement, séquestration"…  

C’est arrivé à Montfermeil, qui est sa ville et son inspiration, Montfermeil de l’injustice que subissent les banlieues, dont Ladj Ly à l'époque était déjà une figure, témoin et gardien des enfants misérables, il filmait la violence, les violences policières et révélait les bavures...  

SON 1 Bavure de Montfermeil, 2008 (extraits)

Ils étaient quelques-uns alors qui redressaient la tête, pas loin de lui, un ami, un quasi homonyme, Amad Ly, lui doué de parole, était devenu après les émeutes de de 2005 un tribun des cités, qui interpellait, c’était en 2007, la ministre Fadela Amara de passage... 

SON 2  Amad Ly face à Fadela Amara, 2007  (extraits)

Mais pour être un tribun on n’est pas moins faillible. Le 14 janvier 2009, Amad Ly traite un point d’honneur. Le mari de sa cousine serait aussi l’amant de sa sœur. Hors de lui, il va l’enlever et le battre, Ladj Ly est de l'expédition. Il dira devant les juges qu’il n’est venu que pour empêcher la violence, un juge de paix, un médiateur, il ne porte pas de coup, mais il va écoper d’une lourde peine. Avec ses vidéos, Ladj Ly a beaucoup embêté la police et les autorités, paye-t-il aussi pour cela ?   

L'affaire, à l'époque, sonne le glas d'une espérance politique. Amad Ly et Ladj Ly sont défendus par des grands avocats de gauche, Françoise Cotta et Antoine Comte, et le réalisateur Costa Gavras témoigne en faveur de Ladj Ly qu’il proclame "grand cinéaste"… En janvier 2012, Ladj Ly condamné en appel, le Parisien publie sa photo caméra au poing, il se ressemble déjà.  

Ladj Ly ne parle jamais de son passage en prison. Chacun a respecté sa tristesse, et la presse également, quand il est devenu un grand artiste aux yeux du monde. Après Cannes, les journalistes n’ont pas ranimé l’histoire. "Qui suis-je pour dévoiler le casier judiciaire de quelqu’un, parce qu’il a fait un film", m’a dit l’un d’eux, est-ce raisonnable et juste ou est-ce une pudeur trompeuse, comme si les chutes des premiers quart d’heure n’expliquaient pas aussi la force d’un homme, qui aujourd’hui, parle aussi bien des enfants de banlieue victimes de racisme, d'islamophobie, que de la peine des policiers… 

SON 3 Ladj Ly dans le 7/9 de France Inter (extraits) 

Ladj Ly filme et parle, mais dans l’ombre l'attendaient des prédateurs, pour qui un artiste des cités est une imposture, indigne de nous dire, illégitime à parler.   

Sur le site de la revue Causeur, une prof de philosophie, homonyme de l'homme qui détruisit les Templiers pour Philippe le Bel, a dévoilé le passé taulard du cinéaste. Madame Nogaret est de ceux qui fustigent le déclin, la "dégénérescence occidentale", et l’influence néfaste de l’Islam, et c’est au prisme de ses obsessions qu’elle écrit que Ladj Ly aurait agi en 2009 comme un défenseur de la Charia luttant contre la fornication… 

Mme Nogaret déblatère, Ladj Ly porte plainte contre elle et contre Valeurs actuelles qui a repris sa diatribe...  

Mais il reste ceci. C'est par l'extrême droite et ses complices en inquisition, par ceux qui refusent la France métissée, qu'a été ranimée une vérité d'un homme, qu'on avait oubliée chez nous, dans le journalisme décent ou bienveillant, mais dans notre décence nous avons laissé la place aux vociférants, qui imposent la saleté de leur récit et ordonnent que désormais Ladj Ly se taise.   

On aurait pu (l’aurait-il accepté?) dire autrement le mauvais quart d’heure d’un artiste et combattant, sans séparer un homme et son œuvre. Ladj Ly raconte une France où chacun peut se perdre, de hasard, de malchance ou d'erreur, rien n’est jamais acquis, il a été, un moment, un personnage de son film.

MEA CULPA. Racontant l'histoire de Ladj Ly  j'ai, à l'antenne attribué aux "Misérables" non pas un Prix du jury, mais une Palme d'or cannoise, peut-être méritée, mais erronée! Pardon aux auditeurs. C.A.

MEA CULPA 2. Avoir appelé à l'antenne Grand maître des Templiers"  Guillaume de Nogaret,  qui organisa pour Philippe le Bel la destruction de l'ordre, témoigne d'une confusion rare, et mérite que je me fustige, avant de relire et revisionner les Rois Maudits. 

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