Frédéric Pommier raconte le parcours d’un homme qu’on voit beaucoup ces temps-ci. Depuis la fin du mois de février, il s’exprime tous les soirs et ses interventions sont diffusées en direct sur les chaînes d’info en continu.

Jerôme Salomon, directeur de la santé, "Monsieur coronavirus" du gouvernement
Jerôme Salomon, directeur de la santé, "Monsieur coronavirus" du gouvernement © AFP / Ludovic Marin / AFP

Il s’appelle Jérôme Salomon, et de nombreux journaux ont brossé son portrait. Il a 50 ans, il est parisien, divorcé, il a trois grands enfants, le visage rond, une calvitie bien avancée et une passion depuis toujours pour la musique classique. Il joue du piano. Excellent niveau, parait-il. Au lycée, il était dans une section musique-études. Il a aussi fait du théâtre, mais ça, c’était pour l’aider à soigner sa grande timidité. Ensuite, il a hésité sur la branche à suivre et, après réflexion, a choisi la médecine, comme une autre « célébrité » de sa famille : le docteur Pierre-Paul Levy qui, au début des années 1920, fut l’un des découvreurs du vaccin contre la diphtérie. 

Jérôme Salomon est donc aujourd’hui médecin, et il est spécialiste des affections infectieuses et tropicales

.Il a écrit un livre sur la grippe H1N1, et rédigé une thèse sur les maladies à prion. Il a exercé à l’hôpital universitaire Raymond Poincaré de Garches, bossé à l’institut Pasteur et mené différents travaux sur la résistance aux antibiotiques et les épidémies : Ebola, Zika, Chikungunya. Il passe pour un expert des virus planétaires.

C’est par ailleurs un habitué des cabinets ministériels

D’abord celui de Bernard Kouchner sous le gouvernement Jospin, puis celui de Marisol Touraine de 2013 à 2015. Il était son « conseiller sécurité sanitaire ». Deux ans plus tard, il s’engage au côté d’Emmanuel Macron, et devient  son « conseiller santé » durant la campagne présidentielle. Son nom circule alors pour le poste de ministre. Finalement, ce sera sa collègue Agnès Buzyn, mais en janvier 2018, celle-ci le nomme directeur de la Santé publique, numéro 2 du ministère.

Directeur général de la santé, c’est le genre de poste où l’on est toujours sur la brèche. On doit, non seulement, donner corps aux priorités fixées par le chef de l’Etat, mais également monter au front chaque fois que surgit une affaire sanitaire. Sauf quand le ministre choisit de monopoliser la parole.

Là, aucun monopole, et c’est Jérôme Salomon qui, tous les soirs, rappelle les prescriptions pour enrayer l’épidémie de coronavirus : se laver les mains et rester confiné chez soi.

Chaque soir, il fait aussi le bilan des victimes : 372 morts hier, 108 de plus que mercredi. La situation est dramatique, mais Jérôme Salomon n’en rajoute pas dans la dramatisation. Ses points-presse sont « clairs et précis », lit-on dans les articles qui lui sont consacrés. Il explique et alerte mais reste calme, et ce calme en rassure certains.

À en croire ses collègues, il aurait, du reste, toutes les qualités. Il serait solide, discret, rigoureux, humble, empathique, réactif, ne perdrait jamais son sang-froid et, de surcroît, serait capable de beaucoup d’autodérision. Un humour dont il ne peut évidemment faire montre actuellement.

On le surnomme le « Monsieur Coronavirus du gouvernement », ou bien le « François Molins de la Santé »

Au plus fort des attentats en France, le procureur François Molin nous donnait, lui également, des rendez-vous réguliers : des conférences de presse, à 18 heures 30, pour faire le point sur les enquêtes. Son visage nous était alors devenu familier, tout comme l’est devenu celui de Jérôme Salomon. Et il l’est devenu d’autant plus facilement qu’en cette période de confinement, on ne voit plus nos proches ; nos parents, nos grands-parents, nos amis.

Moi, en dix jours, j’ai davantage vu Jérôme Salomon que mon meilleur copain en trois ans !

Cet ancien grand timide a donc été projeté sur la scène médiatique à la faveur d’une tragédie. Parce que, comme le ministre, sa mission est de protéger la vie des Français. C’est aussi la mission que remplissent – et de quelle manière ! – tous les soignants mobilisés dans les hôpitaux et ailleurs. Leur courage et leur dévouement mériteraient qu’on les applaudisse, non pas seulement à 20 heures, mais à longueur de journée. 

Jérôme Salomon, lui, c'est un peu avant 20 heures qu'on l’écoute. Malgré les critiques, inévitables quand on occupe un tel poste, certains disent qu’aujourd’hui, pour faire face à l’épidémie, il est notre vigie.

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