En l'occurrence, il ne s'agit pas réellement d'un « inconnu ». Dans son pays, il a même à plusieurs reprises fait la Une des journaux.

Piotr Pavlenski et son épouse  Oksana Chaliguina en janvier 2017 à Paris
Piotr Pavlenski et son épouse Oksana Chaliguina en janvier 2017 à Paris © AFP / MARTIN BUREAU

Mais jusqu'alors, dans l'Hexagone, on avait assez peu entendu parler de lui. C'est un artiste russe, réfugié politique en France depuis quelques mois.

Il était quatre heures du matin ce lundi, quand Piotr Pavlenski a mis le feu à la façade d'une succursale de la Banque de France. C'était place de la Bastille à Paris et, devant les fenêtres en flammes, le performeur a pris la pose, crâne rasé, visage émacié, totalement vêtu de noir. 

Et puis, rapidement, la police est venue l'arrêter, ainsi que son épouse qui l'accompagnait, et les deux trentenaires sont aujourd'hui en prison. 

La prison, il connaît, Piotr Pavlenski. L'an dernier, en Russie, il y a passé sept mois, pour avoir incendié les portes du siège historique de l'ex-KGB. Performance politique : chaque fois qu'il se met en scène, c'est le pouvoir autoritaire de Vladimir Poutine qu'il entend dénoncer. 

Quand il ne fait pas dans la pyromanie, il maltraite son propre corps

Et tout nu, la plupart du temps ! On l'a vu, tout nu, se rouler dans des barbelés. On l'a vu, tout nu, se couper le lobe d'une oreille. On l'a vu se coudre les lèvres, et même se clouer la peau des testicules sur les pavés de la place Rouge… N'essayez pas de faire la même chose, je crois que c’est assez douloureux. 

Mais alors, pourquoi donc s'en prendre à la Banque de France à Bastille ? Eh bien, si l'on résume la pensée de Pavlenski, c'est parce qu'il aimerait que l'on rallume la flamme de la Révolution française... 

« Juste un dingue ! », penseront certains

Mais non, c'est de l'art contestataire, et d'ailleurs, les médecins qui l'ont examiné lors de sa garde à vue l'ont trouvé parfaitement « normal ».

Alors, c'est sûr, en France, on n'est pas habitué à ce genre de happening. C'est pour ça que ça dérange. 

Ce performeur dérange, ce performeur nous choque ; d’accord, mais honnêtement, il y en a plein, des gens qui nous choquent !

Cette vieille dame qui nous double à la caisse du supermarché : au lieu de s'énerver, on n'a qu'à se dire que c'est une performance artistique ! Ce type qui nous fait une queue de poisson sur l'autoroute : au lieu de s'énerver, on n'a qu'à se dire que c'est une performance artistique ! Vos enfants vous agacent ? Vos collègues vous ignorent ? Votre chef de l’État prend des décisions qui vous paraissent illogiques ? Ne vous énervez pas, dîtes-vous qu'ils sont en pleine performance artistique ! Et dîtes pareil à ceux qui vous reprochent de faire la tronche ou d'être mal coiffé : « je fais une performance artistique ».

Je suis sûr qu'en prenant les choses de cette manière, ça peut rendre la vie nettement plus supportable. 

Alors oui, c'est vrai, je mélange tout – les cheveux, les gosses, le pouvoir de Poutine – mais sachez cependant que ce que je dis là, ce n’est pas n'importe quoi : c'est une performance artistique.  

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