Cette jeune maman a eu son 4e il y a quelques semaines. Son 4e bébé. L’accouchement s’est bien passé, la mère se porte bien et le petit est beau comme un Dieu… En même temps, c’est toujours très mignon, un bébé. Surtout quand c’est le sien. Il est assez rare que des parents disent "Notre enfant est laid comme un pou !"

Idéale, l’égérie du 57ème salon de l’Agriculture
Idéale, l’égérie du 57ème salon de l’Agriculture © AFP / Jeff Pachoud

En temps normal, on précise plutôt que le nourrisson est merveilleux et qu’il gazouille déjà dès qu’il voit son grand frère… En l’occurrence, on ne sait rien des trois grands frères du petit de notre jeune maman. Et on ne connaît pas non plus l’identité du père. On parle donc ici d’une mère célibataire. Et, tout comme son rejeton, elle est magnifique ! Superbe port de tête, un front droit comme celui d’une déesse grecque, un regard à la fois tendre et pénétrant. 

Elle assume son corps : son dos large et musclé, son cou puissant, ses cuisses épaisses, son ventre un peu tombant, sa poitrine généreuse, ses hanches généreuses, ses fesses généreuses, à rendre jalouses toutes les Vénus callipyges… 

D’elle, certains disent d’ailleurs que c’est une belle bête. Dans leur bouche, c’est un compliment. Sachant, bien sûr, qu’il n’y a pas que le physique dans la vie… Il y a aussi le caractère. Mais la concernant, aucun reproche à faire : elle est très maternelle, d’une patience infinie, ne s’énerve jamais – sauf quand on la dérange quand elle est en train de brouter. 

Car oui, quand elle mange, elle broute. Il s’agit d’une vache.  

Elle s’appelle Idéale, et c’est l’égérie du 57ème salon de l’Agriculture.

C’est la neuvième année qu’une vache s’affiche sur l’affiche… Avant, on alternait entre les animaux. Mais une vache, il n’y a pas plus fédérateur. On en voit dans les films, les publicités, les livres pour enfant… A l’instar du clocher, la vache est un symbole de la ruralité, un symbole de nos campagnes et, comme le lit sur le site du ministère, « le placide bovin inspire d’emblée la sympathie du public ». 

En 2011, sur l’affiche, c’était Candy, une jolie Vosgienne. Puis il y eut Valentine (une Gasconne), Bella (une Tarantaise), Filouse (une Flamande)… Après quoi, il y eut Cerise (une Bazadaise), Fine (une Bretonne Pie-Noir), Haute (une petite Aubrac), et puis l’an dernier : Imminence, une Bleue du Nord dotée d’un mufle large et d’une robe blanche tachetée d’un beau gris-bleu. 

Tous les ans, le choix du mannequin permet aux organisateurs du Salon de mettre en avant les spécificités d’une race… Quant aux médias, ils nous présentent ceux qui les élèvent… Dans le Beaujolais, idéale vit chez les Goujat. Jean-Marie et Laurent Goujat, 33 et 34 ans, qui élèvent 175 vaches sur 187 hectares de prés. Ils auraient pu présenter d’autres bêtes au comité de sélection. Heureuse ou Molette, ou bien encore Adriana. S’ils ont choisi Idéale, c’est avant tout parce ce qu’elle est très docile.

Toute blanche, des cornes arrondies qui reviennent vers les yeux, elle est, du reste, parfaitement proportionnée. Le dos large et musclé, c’est le plus important pour une charolaise. Là où se trouvent les meilleurs morceaux : les côtes, les entrecôtes, les filets. Eh oui, un jour, comme ses copines, et même si les Goujats lui promettent une longue vie, Idéale devrait finir dans nos assiettes !

Et en la regardant, elle m’a fait penser à Mireille… 

A l’époque, j’étais étudiant. On calculait encore en franc. Des francs, j’en n’avais pas beaucoup, mais je ne faisais pas non plus la manche et un matin, à Caen, j’ai décidé de m’offrir une vraie pièce de viande. Dans une petite rue, je suis donc entré dans une petite boucherie. Et ne sachant quoi choisir, j’ai demandé conseil à la petite bouchère qui, en baissant les yeux, m’a montré son étal.

« Alors, ici, vous avez du rumsteck de Mireille… Ici, c’est de l’onglet de Mireille… Là, de l’araignée de Mireille… Sinon, vous avez de la langue… De la langue de Mireille… » 

J’ai trouvé ça bizarre comme façon de présenter les choses… « Mais Mireille, c’est une race de bovin ? » « Non, Mireille, c’était une génisse ! » s’est-elle écriée, se prenant la tête dans les mains. 

« Une génisse adorable. On fait de l’élevage, monsieur, mais je ne voulais pas qu’on la tue… Et aujourd’hui, moi, je ne peux pas en manger, de la Mireille ! Alors, je vous sers quoi ? » J’ai finalement acheté deux steaks hachés de Mireille… Et depuis, c’est à elle que je pense dès que je vois une vache. 

Les vaches, ça m’émeut. Enfin, je veux dire : « ça m’émeuh ».

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