Elle s’appelle Emilie Pecourneau. Elle a 15 ans, les cheveux longs, de grandes lunettes et des bagues argentées aux doigts. Elle habite Bergougnolis, lieu-dit situé sur la commune de Madaillan à 9 kilomètres d’Agen. Agen, c’est une grande ville. Madaillan, un petit village de 650 âmes traversé par quelques cours d’eau.

Emilie Pecourneau tente de sauver sa famille de la rue en lançant une cagnotte en ligne pour sauver la ferme de ses parents
Emilie Pecourneau tente de sauver sa famille de la rue en lançant une cagnotte en ligne pour sauver la ferme de ses parents © Capture écran France Télévisions

A Madaillan passent la Masse, le Saint-Martin, le ruisseau de Bourbon et celui de Bernadette. On y trouve aussi les ruines d’un château féodal, quatre églises et une école maternelle et primaire qui va jusqu’au CE1… Ensuite, il faut aller à Lusignan-Petit, puis à Agen pour le collège et le lycée… Le bureau de poste est à Laugnac, les médecins sont à Prayssas, et pour les commerces également, il faut prendre la voiture. En revanche, si vous aimez vous promener en campagne, sachez que Madaillan dispose de plusieurs parcours balisés pour les randonneurs et les cyclistes…

On est ici au cœur du Pays de Serres dans le Lot-et-Garonne.

Au Nord, c’est la vallée du Lot. Au Sud : la vallée de la Garonne.

A l’Est : les plateaux continus du Quercy blanc…

Et c’est donc là qu’il y a 30 ans, le père d’Emilie, Joël Pecourneau, lui-même fils d’agriculteur, a acheté une exploitation de 35 hectares. Avec Murielle, sa femme, ils l’ont baptisée « Au terroir de Mumu et Jojo »… Ils y cultivent des légumes et des céréales, et font de l’élevage de volailles – des poulets, des pintades, des oies, des canards qu’ils vendent à la ferme et sur les marchés de la région… 

Mumu et Jojo ont trois enfants. Un garçon, deux filles. L’aîné envisage une carrière d’ingénieur. Quant à la cadette, Emilie, elle est actuellement en seconde et rêve de devenir vétérinaire. Mais, pour l’heure, c’est un autre projet qui occupe la lycéenne… 

Il y a quelques semaines, Emilie a publié une lettre sur Internet, dans laquelle elle raconte les difficultés de ses parents : les normes, les emprunts et les dettes qui s’accumulent…

Elle a peur, très peur qu’avec sa famille, ils finissent dans la rue, et elle a décidé d’en appeler à la générosité des internautes. Sans en avertir ses parents, elle a lancé une cagnotte : « Aider une famille au bord de la rue ».

Les cagnottes, c’est très à la mode. On en voit fleurir chaque semaine. Celle d'Emilie a eu du mal à démarrer... Au bout d'un moins : seulement quelques centaines d'euros. Mais, ce matin, à l'heure où je vous parle, ce sont 106 000 euros qui s’affichent sur le compteur de la cagnotte en ligne sur le site Leetchi. Grâce à la médiatisation – des reportages à la télé, des articles dans les journaux – plus de 3000 personnes ont mis la main à la poche. 3000 personnes émues par l’histoire d’Emilie… 

L’histoire d’une descente aux enfers comme il en existe tant d’autres…

Il y a cinq ans, Joël et Murielle Pecourneau sont contraints d’investir plus de 100 000 euros afin de construire un abattoir aux normes pour leurs volailles. Ils croulaient déjà sous les factures impayées, mais contractent un nouvel emprunt… Puis l’année suivante, le Sud-Ouest est touché par la grippe aviaire. En 2016, le ministère annonce que les élevages doivent geler leur production jusqu’à l’éradication de la maladie… Chez Mumu et Jojo, ça va de mal en pis : la spirale du surendettement… 

Dépôt de bilan, redressement judiciaire, hypothèque des biens.

Leur exploitation ainsi que leur maison risquent d’être saisies si Joël et Murielle ne remboursent pas rapidement les créanciers…

C’est cela que raconte Emilie dans sa lettre… Elle écrit : « On a essayé, mais on n’y est pas arrivé… » Essayé de vivre à cinq avec 800 euros par mois – le RSA et les allocations familiales… Pas de vacances depuis 9 ans, pas de cinéma, pas de sorties, pas de vêtements à la mode, et des parents qui bossent d’arrache-pied, qui aiment leur métier, qui adorent leur métier, mais naviguent entre la tristesse, la colère et la dépression… Aujourd’hui, pour pouvoir éponger leurs dettes, ils ont besoin de 450 000 euros. 

Demain, s’ouvrira à Paris le salon de l’Agriculture…

On emmènera les enfants regarder les vaches et les cochons… 

Les visiteurs se presseront jusqu’à l’heure de la fermeture… 

Ils observeront, fascinés, la tonte des moutons… 

Mais la réalité que dépeint Emilie donne l’envers du décor… 

Des paysans qui meurent sans trompette ni tambour… 

Ils étaient pourtant l’une de nos fiertés tricolores… 

Cet appel de détresse est aussi un grand cri d’amour.

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